La villa l03 est un manifeste d’architecture californienne moderne. Véritable ode à l’épure, elle reproduit fidèlement tous les éléments de vocabulaire de ce style avant-gardiste qui s’est développé dans les années 1950.

REPORTAGE KENZA BENABDALLAH –  TEXTE LAETITIA DECHANET  –  PHOTOS  CÉCILE TRÉAL

Pour un peu on se croirait à Palm Springs. Avec ses lignes épurées et son décor aride, la Villa L03 évoque cette oasis du désert califor-nien, haut-lieu de l’architecture moderne au mi-lieu du siècle dernier. Elle en récite le vocabulaire avec application : lignes droites, design minima-liste, espace décloisonné, ouverture sur l’extérieur, longue piscine…
Située dans l’arrière-pays souiri, à proximité du Mo-gador Golf club, cette maison de plain-pied achevée en 2012 est un assemblage de trois bâtiments en L, d’où son nom. Stéphane Boëri, son propriétaire, a dessiné les plans en commençant par la piscine aux proportions généreuses (20 x 6 m), tapissée de mo-saïque bleue. Il a ensuite conçu la villa autour. Les murs massifs (près d’un mètre de large sur 5 mètres de haut), construits avec la pierre extraite du terrain et taillée en briques, sont percés de larges baies vitrées. Un système coulissant à galandage permet de les escamoter complètement, abolissant la frontière entre intérieur et extérieur. Pour renforcer ce dialogue, les mêmes principes sont appliqués dehors comme dedans : granito au sol, alternance de murs blancs et pierre apparente.

 Représentant presque un quart de l’espace ha-bitable, le séjour de 130 m2 abrite deux salons séparés par un jardin exotique en pleine terre. Seul l’élément végétal cloisonne cet immense espace où la lumière du soleil entre de façon ta-misée et pointilliste à travers les filets de camou-flage militaires reconvertis en rideaux. Stéphane Boëri ayant chiné beaucoup de meubles design des années 50 à 70, deux cana-pés Brigadier de chez Knoll côtoient la cheminée.

Un énorme cube d’acier conçu avec un ingénieur de Ouarzazate qui réchauffe très vite l’atmo-sphère grâce à un système d’ailettes semblable à des persiennes. De l’autre côté, des canapés en bois dessinés par Stéphane Boëri délimitent le coin TV. Un buste de Bouddha, des masques africains, un tam-tam, trois poutres de tente ber-bère fixées comme des étagères flottantes et quelques toiles signées Stéphane Boëri et Philippe Vignal composent la décoration tout en discré-tion. Discrète également, la cuisine s’intègre à cet ensemble dont seul un léger contrebas la sépare. Dotée de plans de travail en quartz blanc, elle a été réalisée par un designer italien. Le billot central, surmonté d’une hotte qui res-semble à s’y méprendre à un luminaire, et la table entourée de chaises Tulipe (encore Knoll) ne font qu’un. Les placards blancs se fondent avec le mur dans lequel ils sont encastrés.
Ce blanc omniprésent se retrouve dans les quatre chambres qui reproduisent le même schéma épu-ré. Réchauffé par des tapis et couvre-lits maro-cains aux couleurs acidulées, le mobilier est ré-duit à son strict minimum : chevet, lit, chaise. Tout est rectiligne, rien ne dépasse : comme ailleurs l’éclairage est incrusté dans le plafond, le dressing intégré aux portes sans poignées joue ton sur ton, les barres des rideaux sont dissimu-lées dans l’encadrement de la fenêtre… Les fenêtres – en bandeau, typiques de cette archi-tecture moderne – et la porte qui relie à la salle de bains coulissent. Une longue tablette de béton recouverte de tadelakt fait office de bureau. Les étagères, quand il y en a, n’affichent aucun système de fixation.
On l’aura compris, pas un recoin n’échappe à cette partition minimaliste parfaitement exécutée. Plus qu’une maison moderne, la Villa L03 est un manifeste.

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