Archéologies : fouille collective à Dar Bellarj

Entre recherche matérielle et imaginaire collectif, l'exposition « Archéologies » inaugure un cycle ambitieux dédié à l'architecture comme mémoire. A découvrir à Dar Bellarj dès le 6 février.

Dans la médina de Marrakech, à quelques pas de la Medersa Ben Youssef, la fondation culturelle Dar Bellarj s’apprête à devenir le théâtre d’une enquête collective.

Tout a commencé par un geste archéologique concret : des fouilles menées au sein même de cette ancienne fonderie, à la recherche de vestiges d’une des premières mosquées almoravides de la ville. Mais ce qui aurait pu rester une simple prospection scientifique devient ici le point de départ d’une réflexion plus vaste sur la manière dont nous habitons, construisons et transmettons.

La stratigraphie comme méthode

« Archéologies » inaugure le cycle Architecture(s) initié par Maha El Madi, directrice de Dar Bellarj depuis 2007. Conçu comme un laboratoire ouvert sur le long terme (près de deux ans), ce programme ambitionne de créer un espace de recherche partagé où se rencontrent pratiques artistiques, récits et savoirs issus de disciplines et territoires multiples.

Curatée par Laila Hida et Inès Yahiaoui, avec une scénographie signée Sara Ayoub, l’exposition rassemble 19 artistes et chercheurs du Maroc et d’ailleurs. La stratigraphie, cette lecture archéologique en couches, est ici appliquée à l’ensemble du tissu urbain. Car si la ville se construit par accumulation de strates matérielles, elle se compose aussi de mémoires, de gestes quotidiens et de micro-architectures qui échappent souvent au regard.

Une proposition hybride, entre laboratoire de recherche et espace de création in situ, pour laquelle plusieurs artistes ont développé des projets spécifiques, transformant Dar Bellarj en véritable terrain d’enquête. Cette approche inscrit le projet dans une temporalité longue (l’exposition court jusqu’au 25 décembre 2027) qui permettra aux œuvres de dialoguer avec leur contexte.

Archiver contre la standardisation

Abderrahim Harabida, originaire d’Essaouira, développe une
pratique singulière à la frontière de la peinture et de la sculpture.

Le parcours d’exposition réunit des approches multiples. Abderrahim Harabida présente ses reliefs inspirés des maisons abandonnées d’Essaouira, fragments muraux qui restituent les textures et les strates du temps.

Le duo tunisien ST4, composé de Yassin Bouzid et Sadok Kaffel, sera en dialogue avec les Marocains Aliocha Tazi et Bilal Alwidadi autour des « micro-grammaires urbaines ». Leur conversation programmée le 7 février à partir de 15h promet d’interroger la standardisation croissante des paysages urbains entre Marrakech et Tunis, tout en explorant d’autres manières d’habiter la ville. Bilal Alwidadi, formé aux effets visuels et au cinéma, mobilise le scan 3D et la numérisation pour documenter des éléments du quotidien marocain menacés de disparition… Une archéologie préventive au service de la mémoire collective.

La question du geste technique traverse également l’exposition. A partir de 16h30 le même jour, Sara Ayoub participera à une conversation avec Abdallah Fili et Édouard Cabay autour de la scénographie de l’exposition et des liens entre fouille archéologique, gestes techniques et technologies contemporaines.

Transmissions

Né à Beyrouth et basé à Berlin, Siska développe une
pratique qu’il qualifie d’Archivologie au-delà du cinéma.

Plusieurs artistes interrogent les dispositifs de mémoire et leurs usages politiques. Siska, formé au cinéma à Beyrouth et basé à Berlin, développe ce qu’il nomme une « Archivologie au-delà du cinéma », explorant la vie matérielle des images, leurs transformations et leurs absences. Tania El Khoury, artiste libanaise basée à New York, crée des installations interactives fondées sur des archives sensibles et des récits collectifs, questionnant la fabrication de la mémoire en contexte de déplacement forcé.

La dimension collaborative occupe une place centrale. Alia Belgsir, qui mène des enquêtes dans des espaces semi-désertiques et des zones d’accumulation urbaine, travaille notamment avec l’Atelier des Mamans Douées et le collectif QANAT. Ce dernier, plateforme collective initiée par LE 18 et active à Dar Bellarj depuis 2019, explore les politiques et poétiques de l’eau au Maroc et en Palestine, croisant recherche spatiale, pratiques artistiques et engagement communautaire.

« Pendant la production de l’exposition, la question de la fouille a ouvert un vaste champ de réflexion sur le potentiel du passé à agir sur le futur. Nous avons le sentiment de n’en avoir, pour l’instant, qu’effleuré la surface », expliquent Laila Hida et Inès Yahiaoui dans leur note d’intention. Et l’archéologie devient outil de projection.

Du 6 février 2026 (vernissage à 18h30) au 25 décembre 2027
Dar Bellarj – Fondation pour la Culture
Zaouiat Lahder, Médina de Marrakech
Du mardi au samedi, 9h30-15h30
www.darbellarj.com

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.