Tables à vivre

Dans une ville où les riads se prêtent à toutes les scénographies, Maison Rinceau dresse des tables comme des œuvres en soi.

Argenterie ancienne, faïences d’exception, drapé travaillé… les tables composées par Maison Rinceau ont quelque chose du cabinet de curiosités. Derrière ce nom presque secret, un couple, Suzon Brondeau et Antoine Pernet, qui a choisi Marrakech pour donner vie à un projet mûri pendant des années. Leur matière première ? Plus d’un millier de pièces chinées au fil des années dans les brocantes, les vide-greniers et ventes aux enchères, un peu partout dans le monde. Essentiellement de la Terre de Fer, cette céramique fine produite en France au XIXe et au début du XXe siècle, souvent décorée de motifs floraux, végétaux ou animaliers. « Le rinceau est d’ailleurs un motif d’ornementation végétal, explique Suzon.

On a des pièces assez rares du modèle Rinceau de Gien, qui représente vraiment l’esprit de notre collection. » Une collection qui s’arrête à 1930 :
« On aime l’Art nouveau, le style Grand siècle, Versailles. On est moins sensibles à l’Art déco, quand les lignes deviennent géométriques », précise Antoine. Le tout forme un ensemble cohérent où chaque pièce est rare, parfois muséale. « Parce que dîner dans une assiette blanche, c’est un peu triste », sourit-il. Pour autant, rien de muséifié ici : les pièces anciennes s’installent dans des scénographies résolument contemporaines.

Dans cette ville où la culture de la réception est une seconde nature, Maison Rinceau a trouvé un terrain d’expression idéal. Depuis son lancement en septembre 2025, la petite entreprise a pris de l’ampleur. « Tout part de la table, et on déroule », explique Antoine. « On s’est vite rendu compte qu’il fallait maîtriser tout ce qui est autour : cristallerie, argenterie, nappes, fleurs, luminaires et éléments décoratifs, jusqu’au service, détaille Suzon. On s’est étendu peu à peu de l’art de la table à l’art de vivre. »

Aujourd’hui, Maison Rinceau s’articule autour de deux pôles. D’abord les grandes réceptions (jusqu’à 300 convives), où plâtres anciens, colonnes, drapé et compositions florales déploient toute leur ampleur, puis les dîners privés, plus intimistes. Parallèlement, le duo travaille à l’ouverture d’Atelier Rinceau, qui intégrera divers savoir-faire artisanaux pour la restauration de pièces anciennes et la production sur mesure. Avec toujours la même philosophie : « Se limiter aux projets qui nous correspondent. »

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.