Première édition de Photo Tanger : suivez le guide !

La ville du détroit se dote enfin d'un festival international de la photographie, à la hauteur de son mythe.

Tout commence, comme souvent à Tanger, autour d’une table. En 2025, une poignée d’amis réunis autour de l’écrivain Tahar Ben Jelloun font le même constat : malgré son effervescence retrouvée, la ville du Détroit manque d’un événement culturel capable de fédérer.

De cette conversation naît Photo Tanger, un festival porté par Brahim Alaoui, directeur artistique et ancien directeur du musée de l’Institut du monde arabe à Paris.

 

 
 
 
 
 
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Le thème choisi pour cette édition inaugurale, L’appel du large, est une évidence géographique autant qu’une déclaration de principe. Entre Méditerranée et Atlantique, entre Afrique et Europe, Tanger a toujours été un lieu de passage.

Tahar Ben Jelloun, parrain naturel du projet, l’exprime mieux que quiconque : « Photo Tanger, le premier Festival International de l’Image, rend justice à la ville et à ses histoires. Expositions de photos, projections de films au Ciné Alcazar, cher à ma mémoire. Tanger sera de la fête, renouant ainsi avec sa traditionnelle ouverture sur le large. »

Une ville-galerie

Le festival Photo Tanger se déploie comme une déambulation urbaine, investissant une dizaine d’espaces à travers la ville : galeries privées, institutions culturelles, librairies, palais, marina, les rues aussi. Voici les grandes escales de ce voyage photographique.

« Tanger, pourquoi Tanger ? » – Fondation pour la photographie

À la Fondation pour la photographie, la commissaire Marie Moignard, spécialiste de la photographie marocaine, et le photographe Daniel Aron ont conçu une fresque historique de près de 150 ans de photographie tangéroise. Des premiers voyageurs arrivés dès 1880 aux albums de familles du début du XXe siècle, jusqu’à la période troublée de la Seconde Guerre mondiale, quand le statut international de Tanger voyait se côtoyer ennemis et alliés.

 

 
 
 
 
 
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« L’appel du large » – Galerie Mohamed Drissi

La galerie Mohamed Drissi accueille plusieurs expositions simultanées, dont « L’appel du large » qui réunit quatre artistes autour du thème fédérateur du festival, sous le commissariat de l’écrivain Kebir Mustapha Ammi.

Leila Alaoui, disparue tragiquement en 2016 lors d’un attentat à Ouagadougou où elle documentait les droits des femmes pour Amnesty International, sera représentée dans cette exposition à la Galerie Mohamed Drissi avec sa série Made in India, des portraits de travailleuses textiles. Puis Mohamed El Baz, qui nous a quittés en 2024, avec des photographies réalisées en Tunisie où il faisait poser des membres d’une famille modeste auréolés d’ampoules allumées, enveloppés dans une lumière sacrée. Youssef Nabil, lui, montrera trois films conçus comme des voyages allégoriques entre vie et mort, réalité et rêve, patrie et exil. Un prolongement de sa pratique photographique aux tirages argentiques colorisés à la main. Enfin, Yoriyas (Yassine Alaoui Ismaili), ancien danseur de breakdance reconverti en photographe, apportera à l’ensemble son énergie chorégraphique et sa capacité à faire surgir le spectaculaire de l’ordinaire.

« Dialogue inattendu » – Galerie Mohamed Drissi

Toujours à la galerie Mohamed Drissi, la commissaire Brigitte Ollier, ancienne responsable de la rubrique photographie au journal français Libération, a imaginé une rencontre entre le Marocain Hicham Benohoud et le Français Denis Darzacq autour de l’inattendu en photographie.

Le premier cultive un glissement vers le surréalisme assumé, bousculant les codes esthétiques depuis son travail fondateur La Salle de classe. Le second traque des corps en lévitation dans des espaces consuméristes, frôlant délibérément l’abstraction. Deux écritures, un dialogue.

Jeune photographie marocaine – Galerie Mohamed Drissi

La galerie Mohamed Drissi expose également les trois lauréats du concours ouvert aux photographes marocains de 18 à 35 ans, qui a attiré plus d’une centaine de candidats. Premier prix : Louisa Ben et sa série Yelli, portraits intimistes interrogeant l’identité maghrébine. Deuxième prix : Ayoub Essayeb pour Behind the Eyes, salué pour son originalité narrative. Troisième prix : Sanae Zaidi pour Traverser, quelque part entre documentaire et ode poétique aux deux rives.

Trois voix nouvelles à retenir, sous le commissariat de Houda Outarahout, journaliste, photographe et documentariste.

« Waiting for Magellan » – Tanja Marina Bay

Khalil Nemmaoui investit Tanja Marina Bay avec Waiting for Magellan, une série en plein air convoquant la figure du navigateur portugais du XVIe siècle. Le photographe autodidacte casablancais signe ici une méditation poétique sur l’élan vers le large qui, cinq siècles après Magellan, est toujours aussi irrépressible.

Carte blanche à Yoriyas – Tanja Marina Bay

Yoriyas investit également la Marina avec une exposition monumentale en extérieur. Connu notamment pour sa série Casablanca – Not the Movie, saluée par le New York Times et présentée au Musée national de la photographie de Rabat, le photographe et chorégraphe transforme la baie de Tanger en galerie à ciel ouvert.

« Advenir entre les rivages » – Gallery Kent

La Gallery Kent est confiée à la commissaire Pascale Le Thorel pour une exposition de quatre femmes artistes du monde arabe.

 

 
 
 
 
 
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Meriem Bouderbala (Tunisie) use de l’autoportrait pour dénoncer l’oppression faite aux femmes, dédoublant et déformant son propre corps comme dans un kaléidoscope. Amina Benbouchta (Maroc) explore la mémoire, l’identité et l’enfermement, à travers notamment le personnage d’Alice au pays des merveilles. Zoulikha Bouabdellah (franco-algérienne, née à Moscou) questionne les représentations orientalistes et les héritages culturels dominants. Fadia Ahmad (Liban) pratique une street photography conçue comme une quête philosophique du quotidien, de Beyrouth à d’autres villes du monde.

« Tangier, a tragic love story » – Galerie Dar D’art

À la galerie Dar D’art, Rachid Ouettassi, natif de Tanger, livre le fruit des déambulations dans sa propre ville depuis plus de deux décennies.

 

 
 
 
 
 
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Ses photographies en noir et blanc, au cadrage rigoureux, sont à la fois plaisir esthétique et mémoire vive d’une ville en mutation rapide. Commissariat : l’universitaire Anouar Majid, fondateur du Forum mondial de Tanger.

Daoud Aoulad-Syad – Institut Français

À la Galerie Delacroix, dans le cadre d’une exposition coproduite par la Fondation Alliances et l’Institut Français du Maroc et conçue par la MACAAL, Daoud Aoulad-Syad présente une sélection inédite de photographies en couleur. Pan méconnu de l’œuvre de ce maître de la photographie humaniste marocaine, plus souvent associé à ses puissantes séries en noir et blanc. Artistes de rue, amuseurs itinérants, figures du quotidien : son terrain de prédilection reste les marges, photographiées depuis l’intérieur.

Isabel Muñoz – Instituto Cervantes

Chaque édition de Photo Tanger mettra un pays à l’honneur. Pour cette première, l’Espagne s’impose naturellement, et c’est Isabel Muñoz qui la représente à l’Instituto Cervantes.

 

 
 
 
 
 
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Depuis la fin des années 1970, cette figure majeure de la photographie espagnole contemporaine construit un hymne au corps humain, trouvant dans la danse un territoire d’exploration privilégié. Ses séries, nourries de voyages et de rencontres, révèlent à chaque fois une manière singulière de l’habiter. Commissariat : Juan Piqueras Salinas, poète espagnol, directeur de l’Instituto Cervantes de Tanger.

« Regards des photographes marocains du monde » – Villa Harris

L’exposition phare du festival investit la Villa Harris avec treize artistes marocains dont les trajectoires se déploient entre plusieurs géographies. Parmi les exposants : Mounir Fatmi, Yasmine Hatimi, Malik Nejmi, Zakaria Wakrim, Iman Zaoin… Des œuvres qui travaillent la matière des circulations et des frictions identitaires, sans nostalgie ni exotisme.

 

 
 
 
 
 
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Une exposition soutenue par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME). Commissariat : Basma Mansour et Meryem Sebti (directrice du magazine Diptyk).

« Slow Up – Ralentir » – Palais des Arts et de la Culture

Au Palais des Arts et de la Culture, Brahim Benkirane et Alexandre Chaplier présentent leur road-trip photographique à travers le Maroc, non par les autoroutes, mais par les routes nationales oubliées, de Tanger à Agadir, de Safi à Oujda. L’un photographie en noir et blanc, l’autre en couleur : deux regards qui se complètent, dans une traversée que n’aurait pas reniée Kerouac.

Côté librairies

Photo Tanger déborde aussi dans les librairies tangéroises. Delphine Warin expose à la Librairie Les Insolites avec un programme de présentation de livres autour de la photographie et de rencontres.

 

 
 
 
 
 
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À la Librairie Les Colonnes, Jamal Mehssani présente une trentaine de photographies en noir et blanc retraçant son amitié avec l’écrivain Edmond Amran El Maleh, prises entre 2001 et sa disparition en 2010.

Rencontres et débats

Les 19 et 20 juin, la galerie Mohamed Drissi accueille un cycle de rencontres sous la direction du journaliste et critique d’art Olivier Rachet, avec quatre tables rondes : La décolonisation de l’image, Les pratiques photographiques contemporaines, Contribution des photographes marocains du monde aux scènes artistiques et L’avenir de la photographie et l’intelligence artificielle.

Le 20 juin également, à 15 heures, la Gallery Kent accueille une rencontre dédiée aux femmes photographes dans le monde arabe.

Côté cinéma 

Pour l’occasion, le mythique Cinéma Alcazar programme un double cycle. D’abord, trois films tangérois : Calle Málaga (2025) de Maryam Touzani en présence de la réalisatrice le 19 juin, Juanita Narboni (2005) de Farida Benlyazid le 20 juin, et Morjana de Jamal Souissi le 21 juin.

Ensuite, chaque jeudi à partir du 25 juin, les « Jeudis du cinéma espagnol » proposeront une sélection de dix films, de Berlanga à Buñuel, de Saura à Bollaín, en version originale, chaque projection suivie d’une rencontre avec réalisateurs ou critiques.

25 juin : Bienvenido, Mister Marshall (1953) – Luis García Berlanga
2 juillet : El ángel exterminador (1962) – Luis Buñuel
9 juillet : ¡Ay, Carmela! (1990) – Carlos Saura
16 juillet : Orquesta Club Virginia (1992) – Manuel Iborra
23 juillet : Barrio (1998) – Fernando León de Aranoa
30 juillet : La lengua de las mariposas (1999) – José Luis Cuerda
6 août : La buena estrella (1997) – Ricardo Franco
13 août : Siete mesas de billar francés (2007) – Gracia Querejeta
20 août : El olivo (2016) – Icíar Bollaín
27 août : El 47 (2024) – Marcel Barrena

Photo Tanger, Festival International de l’Image

Du 16 juin au 31 août 2026

www.phototanger.com

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.