Jazzablanca, la ville pour décor

Au-delà de la programmation foisonnante, c'est la scénographie de cette 19e édition qui retient l'attention : un site repensé comme un parcours, les tours de Casa Anfa en fond de scène.

Robbie Williams ouvre le bal, jeudi 2 juillet. Photos Jazzablanca

Jazzablanca se déploie cette année entre Anfa Park, scène payante, et le Parc de la Ligue Arabe, scène gratuite. Une programmation particulièrement dense, sur dix jours, magnifiée par un parcours totalement repensé. Et la promesse — tenue — d’offrir une expérience personnalisée pour chaque festivalier.

La scène comme objet urbain

Sur la Scène Casa Anfa, la scénographie ne commence pas au plateau, elle commence à la skyline. La structure s’encastre dans le quartier plutôt que de s’en isoler.

La tour à résille dorée qui domine le site, les immeubles résidentiels aux balcons ondulants baignés de rouge, les blocs de bureaux éclairés en arrière-plan : tout entre dans le cadre et devient partie du décor.

 

Des décors casablancais pour Cory Wong.

L’arche de scène porte le nom du festival entre deux enseignes Casa Anfa, et les grands écrans verticaux latéraux prolongent la ligne bâtie.

L’architecture contemporaine du quartier tient ici lieu de scénographie, sans effet ajouté. C’est peut-être la lecture la plus juste de l’ambition affichée par cette édition : un festival qui ressemble à sa ville.

Un site pensé comme un parcours

À Anfa Park, les espaces ont été repensés, les circulations fluidifiées et les zones de respiration multipliées.

Le Village s’impose comme le cœur du festival, avec ses assises ombragées, ses bars et restaurants sur différents niveaux, et ses espaces de rencontre pensés pour ralentir le rythme. De nombreux stands de marques ponctuent le parcours, avec des jeux-concours et divers ateliers ludiques.

La Place des Lions, aménagée en son centre pour suivre les matchs en direct, ajoute un point de convergence.

Un festival pour chaque festivalier : la Place des Lions, pour suivre les matchs de la Coupe du Monde.

En hauteur, face à la scène, la Table Clandestine by Chef Baya installe une ligne de mire et un point de vue, tandis que le food court élargit l’offre.

 

 

 
 
 
 
 
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La scénographie ne se limite donc pas aux plateaux : elle organise la déambulation et laisse chacun composer son propre parcours entre concerts, pauses et découvertes.

Trois scènes, trois partis pris

La programmation se lit aussi dans la mise en espace. Au Parc de la Ligue Arabe, la scène gratuite joue son rôle de trait d’union avec la ville, des sonorités gnaoua d’Asmaa Hamzaoui & Bnat Timbouktou aux influences amazighes et soul de Sarah Mazigh, en passant par la cold wave planante de Gaouta.

La Scène 21, plus intimiste, privilégie les esthétiques hybrides et les découvertes, avec Yazz Ahmed, Theo Croker, Selah Sue, José James, Keziah Jones ou Brian Jackson, dans un format resserré fidèle à l’identité historique du festival.

La Scène 21, intimiste, permet des moments de proximité. Ici, Jowee Omicil descendu de scène pour jouer au milieu du public.

La Scène Casa Anfa, enfin, accueille les grands rendez-vous populaires et déploie les dispositifs les plus spectaculaires.

Un univers visuel par tête d’affiche

C’est sur la grande scène que la scénographie change de registre à chaque soirée, au point de dessiner autant d’univers que de têtes d’affiche.

Robbie Williams, pour sa première prestation en Afrique du Nord, joue la carte du music-hall. Le mur LED passe d’un coucher de soleil tropical aux palmiers en ombre chinoise à une structure lumineuse monumentale, dont les lignes rayonnantes saturent tout l’écran.

Costume rouge vif, danseuses en tenues cloutées, esthétique de cabaret assumée : la mise en scène épouse la générosité du concert, ponctué d’un « Dima Maghreb » repris en chœur.

Robbie Williams, pour sa première prestation en Afrique du Nord, joue la carte du music-hall.

Cory Wong signe le moment où le dispositif dialogue le plus directement avec la ville. Derrière la section de cuivres et l’orgue, le mur LED projette la mosquée Hassan II et la corniche casablancaise en lumière de fin de journée.

Un funk international se joue littéralement devant le monument le plus identifiable de Casablanca, résumé visuel du va-et-vient entre le global et le local qui traverse toute l’édition.

Cory Wong, la Mosquée Hassan II en fond de scène.

Scorpions bascule dans un imaginaire rock et industriel. Moteur en V et pièces mécaniques géantes sur les écrans, skyline graphique, escalier symétrique d’ampoules chaudes et batterie surélevée : la scénographie compose une machinerie à l’échelle des soixante ans de carrière du groupe.

Le passage par « Wind of Change », ciel étoilé et paroles projetées reprises téléphones levés, offre l’un des moments les plus fédérateurs du week-end, où le décor s’efface au profit de la foule.

La scénographie compose une machinerie à l’échelle des soixante ans de carrière du groupe Scorpions.

Naika déplace enfin la grande scène vers un imaginaire solaire et végétal. Pour son premier concert au Maroc, dimanche 5 juillet, l’artiste franco-haïtienne installe un décor de jardin tropical : bananiers et feuillages disposés en lisière de plateau, mur LED saturé de motifs pop, un soleil graphique aux dégradés orangés, une typographie répétée, de larges aplats floraux rouges. Le costume prolonge le décor.

Naika dans un décor tropical, dimanche 5 juillet.

À la machinerie de Scorpions et au cabaret de Robbie Williams, cette séquence oppose une scénographie douce, l’un des moments les plus euphoriques de ce début de festival.

Un festival ancré dans la ville

Au-delà des performances, c’est cette capacité à créer une multitude d’ambiances, et à faire de l’architecture du quartier un partenaire de scène, qui marque cette édition.

Entre concerts intimistes, dispositifs spectaculaires, espaces de détente et gastronomie, Jazzablanca affirme une scénographie à l’image de Casablanca : ouverte, cosmopolite et profondément conviviale.

Le festival se poursuit jusqu’au 11 juillet, programmation complète ici.

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.