Scénographier l’éphémère

Fondatrice de l'agence Maev, Safae El hakym compose des mariages comme des récits, où jamais deux décors ne se ressemblent.

Lumière, textures et volumes composent avec l’architecture existante.

Quand la jeune Safae s’installe à Marrakech, à vingt-quatre ans, elle ne connaît ni la ville ni l’événementiel. Née à Paris d’une famille originaire de Fès, master de marketing en poche, elle rentre d’une année en Chine et ne se voit plus dans la capitale française.

Elle bâtit son réseau au porte-à-porte, et décroche un premier client : un mariage, à l’époque où le destination wedding commence tout juste au Maroc. 

 

Safae El hakym, fondatrice de l’agence Maev.

Seize ans plus tard, Maev réunit deux branches, MaevWedding et MaevEvent, quarante-cinq salariés permanents, « ce qui est assez rare dans un milieu de freelances », et près de 1600 mariages au compteur.

L’agence signe aussi des festivals comme le Moga, aménage des beach clubs dans le Nord et porte ses décors jusqu’à Ibiza ou Burning Man.

Sa clientèle, d’abord européenne, vient désormais du Moyen-Orient, des États-Unis, d’Australie ou d’Afrique subsaharienne, souvent des couples mixtes en quête d’un terrain neutre, « exotique et joli pour se marier ».

 

Une scénographie qui recompose le lieu par la lumière et les matières.

Sa méthode tient en un mot : le récit. « Le mariage classique, c’est fini. Les gens cherchent une expérience immersive, une histoire qui leur ressemble. »

Une année durant, idéalement, elle apprend à connaître le couple, choisit avec lui un lieu, puis traduit son histoire en une scénographie de couleurs, de matières et de textures pensée pour eux seuls. 

Lumière, textures et volumes composent avec l’architecture existante.

À la tête d’une équipe de décorateurs et de designers, elle « chapeaute » la création, sa partie préférée, épaulée par les pôles hospitality et logistique.

Tout naît dans un atelier de 3500 mètres carrés, sa « caverne d’Alibaba » : on y chine, on y repeint, on y resculpte, menuisiers et ferronniers y fabriquent des pièces uniques. « Tout a une deuxième, parfois une troisième vie. » 

 Des lumières basses assurent une mise en scène feutrée.

De ses échanges avec des architectes, Safae El hakym retient une différence de rythme : « J’admire leur métier. Simplement, nous, on a cette excitation de voir naître le décor aussitôt. »

Ce qu’il en reste ? Les plus beaux souvenirs et « la famille Maev » : ces couples accompagnés une année durant, devenus des amis qu’elle retrouve aux quatre coins du monde.

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.