Ritanosko : et si c’était vrai ?

Avec sa nouvelle série de sculptures, l'artiste convoque une archéologie mystérieuse. Celle d’une civilisation perdue entre le réel et son imagination.

« On a tous besoin de mythes, et tous les mythes peuvent exister. » Dans la cosmogonie de Rita Hassan Jawhari, voici venus les Noskos.

Gardiens d’une mémoire qui n’a jamais existé, ils s’appellent Azhur-Bekh, Ornath-Kai, Neshti-Ra, Taar’Yma, Rokh-Becu. Des noms inventés pour cinq statues d’argile ni tout à fait animales ni tout à fait divines, qui s’installent dans l’espace avec l’autorité tranquille de ceux qui ont traversé le temps.

Fiction radicale

 

Ritanosko a produit des « preuves » visuelles associant ses créatures à des terrains archéologiques de divers pays et époques.

Pourquoi les Noskos ? « Et pourquoi les Mayas ? Cest comme ça, il ny a pas dexplication, sourit Rita. Nosko, cest le monde que je crée à travers mon art, et les Noskos sont mes petites créatures. »

Dans cette mythologie toute personnelle donc (qui peuplait déjà ses toiles), l’artiste autodidacte revendique l’influence du Codex Seraphinianus. Cette encyclopédie d’un monde inexistant, imaginée par Luigi Serafini en 1981, invente un système complet, avec sa propre grammaire formelle, ses propres noms, jusqu’à ce que la fiction acquière la densité du réel.

De la même manière, Ritanosko produit des « preuves » visuelles associant ses créatures à des terrains archéologiques de divers pays et époques, « pour poser le cadre ». Car il est vrai qu’elles pourraient venir de partout : « Je crois que mes statues peuvent parler autant au Maroc qu’en Égypte, au Mexique ou ailleurs. J’essaie de créer un langage universel, et l’idée n’est pas de donner des clés, chacun peut interpréter comme il le sent. »

Sans frontières

Le rouge, appliqué uniformément sur chacune des pièces, participe de cette idée d’universel. En refusant toute modulation, toute teinte sobrement naturelle attendue d’une découverte archéologique, Ritanosko extrait ses figures de tout contexte culturel identifiable. Elles sont simplement . Elles « veillent », comme le précise l’artiste. Mais sur quoi ? « Peut être sur les rêves des gens. »

Les yeux gravés dans la matière suggèrent en effet une conscience qui observe. Une présence insufflée à des créatures qu’elle verrait bien, en format monumental, dans l’espace public. Et pourquoi pas dans l’imaginaire collectif.

Noskos, série de cinq sculptures en argile, édition limitée à 10 exemplaires.

 

 
 
 
 
 
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Rita Hassan Jawhari, née à Casablanca en 1993, développe depuis 2012 un univers singulier mêlant archéologie imaginaire, cosmogonies et créatures oniriques. Autodidacte hors des cadres académiques, elle explore peinture, écriture, photographie et installations pour bâtir des mondes parallèles inspirés de ses visions et de ses recherches symboliques. Son travail, exposé entre Casablanca, Tanger et Marrakech et soutenu par plusieurs collaborations artistiques, interroge la mémoire, le mythe et la spiritualité à travers une esthétique poétique et immersive.

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.