Photos Brain Storm Studio
A quelques pas de la zaouïa Abbassia, derrière les remparts ocres où résonne encore l’écho des artisans au travail, une demeure séculaire retrouve son souffle. Le Palais Beit Al Noor, littéralement « maison de la lumière », ouvre ses portes après vingt et un mois de restauration sous l’impulsion de Joëlle et Nicolas Delsuc.
La cour de la Medersa déploie son zellige en damier vert et blanc sous les arches finement ciselées. Fauteuils bordeaux et palmiers composent un salon à ciel ouvert.
Basé en Côte d’Ivoire, le couple envisageait un retour au Liban lorsque la situation du pays le conduit à explorer d’autres horizons. Marrakech s’impose lors d’un séjour fortuit. « Quand j’ai visité les premiers riads, le déclic s’est fait dans ma tête, c’était un peu les vieilles maisons libanaises laissées à l’abandon que je n’ai jamais pu rénover », confie Nicolas Delsuc. L’acquisition du palais, plus complexe que prévu, débouche sur une rénovation intégrale qui devient l’occasion d’affirmer une vision singulière : célébrer l’artisanat marocain sans le dénaturer, tout en y insufflant une sensibilité levantine.
Le dialogue architectural se lit dans les détails.
Détail des moulures en plâtre intégrant la fleur de lys caractéristique des demeures beyrouthines.
Les portes des douze chambres arborent un dessin libanais qui laisse entrer la lumière, en rupture avec les vitraux colorés traditionnels. Dans la cour principale baptisée la Medersa, les moulures en plâtre intègrent une fleur de lys caractéristique des demeures beyrouthines, tandis que les plinthes en zellige déploient un motif inédit, fruit de la collaboration avec l’architecte libanaise Mounira Derbas du studio Uma Interiors.
La cour du Berbère,
plus intimiste
« Quand les artisans marocains ont posé ce design, ils nous ont tous dit qu’ils n’avaient jamais vu ça », se souvient Nicolas Delsuc.
Alcôve drapée, canapé Chesterfield et sol en carreaux de céramique.
Le palais se divise en trois univers distincts : la Medersa, cour sereine inspirée des anciennes écoles de savoir, le Berbère au charme plus rustique, et la Douheria qui conjugue douceur traditionnelle et modernité.
Salle de bain en
tadelakt et laiton.
Les chambres portent les noms de figures libanaises emblématiques : le poète Khalil Gibran, la chanteuse Fairuz, le poète Said Akl, la cantatrice Majida El Roumi. « C’est ce que j’entendais quand j’allais manger chez ma Teta : il y avait le mloukhieh, le kebbé, et Fairuz qui chantait derrière. »
Banquettes basses et coussins blancs face aux toits ocres de la médina.
La renaissance du lieu doit beaucoup aux rencontres. Med Omri, entrepreneur général devenu ami proche, a guidé les propriétaires dans l’univers des maîtres artisans marrakchis. Aline Avril, consultante opérationnelle pour de grands hôtels, a affiné l’expérience. Le Royal Mansour, visité un soir de fascination partagée, a inspiré les plafonds peints.
Dans le restaurant réservé aux hôtes, une fresque végétale habille les murs.
« Ce projet, c’est une histoire de rencontres, de transmission », résume Nicolas Delsuc. Deux terrasses surplombent les toits de la médina, offrant par temps clair la silhouette de l’Atlas. Le restaurant, réservé aux hôtes, propose une cuisine métissée aux accents du Maroc et du Liban. Une philosophie d’hospitalité que le couple résume en une formule : « Nous nous considérons comme des invités du Maroc. Et quand on est invité chez quelqu’un, on respecte sa maison. »