Auteure de l’article Zainab Alboufaraj
Crédit photo Cécile Tréal
La poterie de Tamegroute et son vert inimitable.
On arrive à Tamegroute comme on arrive au bout du monde, par une piste qui longe le Drâa, entre les dattiers et le silence. Le village apparaît doucement, avec ses maisons de pisé fondues dans la falaise. Ici, le temps ne s’est pas arrêté, il a simplement choisi un autre rythme. Dans la chaleur des fours se perpétue un patrimoine artisanal qui porte aujourd’hui le nom du village.
Dans le four, les assiettes, fraîchement recouvertes de pigment, sont séparées par des pierres.
À l’origine, c’est le soufisme qui attise les premières braises de cet art. La zaouïa naciria naît dans cet élan, à Tamegroute, en 1575, quand le cheikh Abou Hafs Omar Ben Ahmed El Ansari, originaire d’un ksar voisin, décide d’y prendre racine. Sous l’impulsion de son disciple Sidi M’hammed Ben Nacer, commerçant influent et figure structurante de la confrérie, la zaouïa s’impose peu à peu comme un haut lieu de la culture soufie et participe à la prospérité du village à travers l’introduction de plusieurs métiers, dont la poterie. Dès lors, trois familles emblématiques se partagent l’art de la céramique verte dans le village.
La terre, si particulière, est extraite sur place.
L’un de leurs descendants, Abdelwahab Bassou, nous ouvre les coulisses de cet art ancestral. Sa matière première, il la trouve à deux pas. Il suffit de longer l’oued de Tamegroute pour atteindre une terre blanche unique au Maroc. « Cette argile est précieuse, confie le potier. Elle fait gagner du temps, ne cuit qu’une seule fois et ne se fissure pas. » Tout commence par cette terre longuement mêlée à l’eau, pétrie, modelée et façonnée avec une précision presque instinctive. Les pièces sèchent quatre jours sous le soleil brûlant avant d’être recouvertes d’un mélange de cuivre, de pigment bleu et de manganèse. Après douze heures passées dans le four incandescent, l’alchimie opère enfin. Jaillit alors ce vert profond et minéral, devenu l’empreinte intemporelle du village. Dès 2018, la précieuse céramique s’invite dans les intérieurs du monde entier.
Depuis 2018, le succès international de ces poteries ne se dément pas.
Les décorateurs s’en emparent, les commandes affluent, et le village se retrouve soudain au centre d’un désir global pour l’artisanat authentique. Un tournant qui n’a pas échappé aux institutions : « Le ministère de l’Industrie et du Commerce nous aide à trouver des sources pour produire davantage », assure Abdelwahab Bassou.
Au restaurant Noujoum à Izza Marrakech, pas moins de 249 pièces en Tamegroute séparent l’espace bar de la salle de restauration.
Un savoir-faire unique, encore jamais imité, qui se transmet de génération en génération. Car ici, les enfants grandissent les mains dans la terre entre les fours et les secrets transmis par les anciens : « J’ai appris le métier en jouant dans l’atelier. Il n’y avait pas d’autre activité que de s’amuser avec l’argile », se souvient notre interlocuteur. À Tamegroute, l’atelier est la première école, et l’argile, le premier jouet. C’est peut-être ainsi que se perpétue, depuis des siècles, le secret de ce vert si singulier.