Atelier Balagan, le bazar design

À Marrakech, Mika chine, restaure et fait revivre des pièces iconiques. Rencontre avec un passionné qui a troqué l’industrie de la mode pour le mobilier d’antan.

Ce canapé modulaire DS-600, dit « Snake », en cuir havane orangé de 1972, a vite trouvé preneur. Design De Sede.

Au cœur de la zone industrielle de Sidi Ghanem, Atelier Balagan est devenu une adresse incontournable pour les amoureux de mobilier des années 1950 à 1980. Sièges iconiques, flippers, minibars, mais aussi luminaires d’exception : chaque pièce a sa propre histoire.

Derrière ce lieu à part, un fondateur, Mika, et un nom qui annonce la couleur : Balagan, c’est « bazar ». Mais un bazar très organisé.

Du chinage à la boutique

Avant les meubles, Mika a fait carrière dans l’industrie. « J’étais industriel, à Paris et en Asie. Je fabriquais des jeans pour la grande distribution », raconte-t-il. Mais l’envie d’objets anciens ne l’a jamais quitté : « J’ai toujours voulu acheter des pièces de ces époques, même quand je travaillais dans la mode. »

 

 
 
 
 
 
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L’aventure démarre il y a cinq ans par le chinage, d’abord au Maroc, puis en Italie, en Espagne, en France, en Belgique, aux Pays-Bas… Mika ramène, stocke et restaure, avec une idée fixe : ne surtout pas devenir un antiquaire aux pièces poussiéreuses. « Il fallait aussi que le magasin soit homogène, qu’il n’y ait pas que des assises ou que des luminaires, mais un équilibre. » La boutique ouvre finalement ses portes en 2023.

 

Table basse Tebe de Giovanni Offredi pour Saporiti Italia en acier inoxydable poli, 1970 ; téléviseur Space Age Philips dit « Spoutnik », 1969 ; fauteuil velours et inox chromé signé Jacques Charpentier, 1970 ; enceinte Marantz Imperial 7, 1972. Au mur, trois appliques APL 449 « Donut » en chrome de Luci Milano, 1975.

Aujourd’hui, l’atelier compte plus de mille pièces, et le travail ne s’arrête jamais : « On est en permanence en train de restaurer, retapisser, vernir. »

La règle est de restaurer à l’identique quand c’est possible. Quand une pièce est trop abîmée, on lui offre un deuxième usage. Atelier Balagan propose aussi la fabrication de mobilier sur-mesure et l’aménagement d’espace.

Pour Mika, les pièces de cette période dialoguent bien avec les intérieurs marocains : « Il n’y a pas trop de conflit de style. Les formes de ces époques sont arrondies, généreuses, comme pour le mobilier marocain. »

La couleur joue aussi : au début des années 1970, le design osait les oranges, les rouges, les teintes toniques. Des fauteuils colorés ont ainsi trouvé leur place dans des riads comme dans des espaces épurés et modernes : « Ça fonctionne très bien ! »

Une demande croissante

Depuis trois ans, la demande ne cesse de croître, et elle évolue. « Les pièces du début ne sont plus celles que j’ai aujourd’hui : j’ai beaucoup plus de pièces de designers et de pièces uniques, très recherchées. » Sa clientèle est surtout marocaine, en quête de « ce qu’on ne retrouve pas chez le voisin », sourit Mika.

 

« Quand vous posez chez vous une pièce chinée de designer, qui a traversé le temps, vous posez un bout d’histoire. Il y a une espèce d’âme dans ces pièces », souligne le fondateur d’Atelier Balagan.

Pour lui, la valeur d’une pièce chinée tient à son histoire. « Quand vous posez chez vous une pièce chinée de designer, qui a traversé le temps, vous posez un bout d’histoire. À côté, une pièce neuve qui fait quatre fois le prix n’aura jamais la même valeur. »

Ses coups de cœur personnels vont des designers italiens, notamment Willy Rizzo, aux Français de la période Le Corbusier et Charlotte Perriand. Un attachement qui le rend parfois réticent à vendre : « Il y a une espèce d’âme dans ces pièces, donc je préfère les vendre à des gens qui vont vraiment les mettre en valeur. Quand je vends une pièce aujourd’hui, je veux qu’elle soit encore là dans 50 ans. »

Chaise longue LC4. Design Le Corbusier, Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand.

Atelier Balagan

366 rue principale, Sidi Ghanem, Marrakech

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.