[Le Maroc illustré] Rassane Fadili, vues de l’intérieur

Rassane Fadili fait de l’intérieur de particuliers son atelier nomade. De là, il observe et dessine des vues, toujours uniques.

Depuis l’intérieur de particuliers à Rabat, une vue sur le Musée Mohammed VI d’art contemporain.

Rassane Fadili n’a jamais vraiment exercé le métier pour lequel il s’est formé. « J’ai étudié l’architecture en pensant qu’il y aurait le côté créatif du dessin. Comme j’ai vu que ce n’était pas le cas, après avoir fait des stages, j’ai dévié. » Le constat est sans amertume : c’est un aveu de fidélité à soi-même plus qu’un renoncement.

Chez lui, le dessin est affaire d’observation. Une vue prise sur le vif, carnet posé sur les genoux face à un bâtiment, une rue, une façade. « Ça permet de capter tout le détail, de voir vraiment, c’est très différent du dessin à partir d’une photographie », explique-t-il.

Il lui arrive de retoucher légèrement la perspective, d’arrondir un angle. De cette liberté prise avec le réel naît une signature, « un petit style qu’on arrive à reconnaître ».

 

 

Vue de Prestigia à Rabat.

A côté de ce travail d’observation, Rassane Fadili se laisse aussi aller à des architectures rêvées, des compositions imaginaires qui recyclent des fragments de lieux traversés en une géographie toute personnelle.

Une histoire de famille

Le dessin, chez les Fadili, ne date pas d’hier. Son grand-père fut le premier Nord-Africain admis aux Arts décoratifs de Paris, et sa mère a longtemps enseigné les arts plastiques au Lycée Descartes de Rabat. Une filiation qui, paradoxalement, ne l’a pas poussé vers l’art : sa famille l’encourageait plutôt vers des études longues, « sérieuses », du côté de l’architecture. « On ne peut pas lutter contre ses passions », sourit-il.

Après avoir donné cours dans une école privée de dessin à Rabat, puis à ArtCom, c’est un collège qui vient le chercher pour enseigner les arts plastiques, d’abord à Balzac, puis à Léon l’Africain, où il exerce aujourd’hui.

De la cafétéria du lycée aux murs de la ville

 

Vue sur le Lycée Descartes de Rabat.

C’est au lycée que tout commence, sur les murs de la cafétéria envahie par les graffitis d’élèves. Plutôt que de lutter contre le phénomène, le jeune Rassane propose d’en faire un projet collectif, via un petit sondage informel auprès de ses camarades, et c’est bientôt toute la cafétéria qui se retrouve recouverte de fresques.  

Cette première expérience murale en appelle d’autres, plus tard, plus officielles : le festival Jidar lui offre l’occasion de signer une fresque, suivie d’un grand mur pour Alsa, boulevard Roudani à Casablanca.

 
 
 
 
 
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Aujourd’hui, ce sont surtout des commandes privées pour des restaurants ou espaces de coworking qui occupent cette partie de son travail. « C’est un peu comme si on ramenait la rue à l’intérieur. »

Le patrimoine, vu depuis l’intérieur

Cette idée de faire entrer la ville dans les intérieurs privés était aussi au cœur de son exposition consacrée aux monuments de Rabat, en 2021. Le principe : montrer les bâtiments emblématiques de la ville non pas depuis la rue, mais depuis l’intérieur des maisons qui leur font face.

Sur des feuilles blanches de 65 x 50 cm, seule la portion de bâtiment visible depuis la fenêtre est représentée en couleur. Tout l’espace intérieur, lui, reste en noir et blanc, et occupe l’essentiel de la feuille.

La Tour Hassan vue depuis une chambre.

Un choix de composition qui porte un discours : celui d’un patrimoine qui ne se limite pas aux façades classées, mais qui se loge aussi dans les intérieurs des gens, dans la façon dont chacun décore chez soi et regarde sa ville : « Un parallèle entre patrimoine personnel et patrimoine collectif. »

La démarche impose ses propres contraintes techniques : la densité de détail interdit tout format inférieur à l’A4. Pas de carte postale donc, mais des impressions disponibles sur commande via son compte Instagram. Quant aux dessins originaux, mieux vaut s’y prendre tôt !

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.