Rabat, nouveau ciel

Inaugurée le 13 avril 2026 par SAR le Prince Héritier Moulay Hassan, la Tour Mohammed VI est désormais le bâtiment le plus haut du Maroc. Retour sur un édifice qui mêle ingénierie de pointe, artisanat marocain et création contemporaine.

Une forme née d’une intention

Derrière la silhouette de la tour se trouve une narration précise. Lorsqu’Othman Benjelloun confie le projet à l’architecte espagnol Rafael de la Hoz, dès 2014, en collaboration avec l’architecte marocain Hakim Benjelloun, il leur soumet une image mentale : celle d’une fusée au départ de son pas de tir. Lancée vers le ciel, tendue vers l’avant. Cette métaphore du mouvement et de l’ambition traverse toute la conception de l’édifice, de sa structure effilée jusqu’à sa coiffe terminale qui abrite, au 50e étage, un observatoire donnant sur les deux rives du Bouregreg et, par temps clair, jusqu’à l’Atlantique à soixante kilomètres de distance.

 

Les 55 étages de la tour fonctionnent selon un principe dit “Shell & Core” : l’ensemble des fonctions techniques est concentré dans un noyau décentré, libérant côté nord de vastes plateaux ouverts et lumineux. La façade sud, elle, est recouverte d’une double peau de près de 3 900 m² de panneaux photovoltaïques haute performance, qui assurent à la fois l’isolation thermique du bâtiment et une production d’énergie solaire. L’ensemble a obtenu les certifications LEED Gold et HQE Exceptionnel.

Un programme mixte, de la galerie au Waldorf Astoria

La tour se pense aussi comme un centre urbain à part entière. Bureaux haut de gamme, appartements résidentiels, hôtel de luxe sous l’enseigne Waldorf Astoria, restaurants, salle de conférence, galerie d’art, mais aussi un ponton fluvial permettant un accès direct au fleuve : le programme mixte reflète une ambition de créer dans Rabat un nouveau pôle de vie et d’activité, à mi-chemin entre le Théâtre Royal et la ligne à grande vitesse Al Boraq.

“Le ciel parle arabe”

Au 51e étage, un cockpit vitré de vingt-deux mètres de hauteur abrite une exposition permanente intitulée “Le ciel parle arabe“. Elle rend hommage aux savants de l’âge d’or arabo-andalou et à leur contribution fondatrice à l’astronomie mondiale. Le visiteur y retrouve, à travers une scénographie numérique, les points d’intérêt patrimoniaux des deux rives du Bouregreg, liant ainsi la verticalité contemporaine de la tour à la profondeur historique des territoires qu’elle surplombe.

7 000 oeuvres, 143 artistes

C’est l’architecte d’intérieur français Pierre-Yves Rochon qui a coordonné la supervision artistique des espaces intérieurs. Sous sa direction, maîtres artisans et designers ont travaillé conjointement pour concevoir des pièces de mobilier sur mesure, des aménagements singuliers et des objets d’art. Le résultat est une collection de quelque 7 000 oeuvres signées par 143 artistes marocains et internationaux, ponctuée d’installations monumentales : portes sculptées, fresques, calligraphies de plâtre ciselé.

Samy Snoussi : le totem à l’entrée

Parmi les interventions artistiques notables, c’est à l’entrée même de la tour que se dresse l’oeuvre de l’artiste Samy Snoussi. Formé en design urbain à Montréal, Snoussi a développé une pratique fondée sur le passage du geste graphique au volume : ses compositions partent d’une écriture automatique, un alphabet personnel fait de signes récurrents, qu’il transpose ensuite dans l’espace selon des logiques d’échelle et de présence physique.

 
 
 
 
 
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Pour la Tour Mohammed VI, il signe sa première oeuvre monumentale, une sculpture d’environ 4,50 mètres de hauteur. La pièce prend la forme d’un totem vertical, dense et habité, où les symboles caractéristiques de son vocabulaire graphique se déploient en volume. Elle fonctionne comme un seuil : point de passage entre l’extérieur de la ville et l’intérieur de l’édifice, elle inscrit d’emblée la tour dans un dialogue entre geste artistique contemporain et savoir-faire artisanal marocain, deux registres que Snoussi revendique comme constitutifs de son travail.

Un repère dans le paysage

La silhouette de la Tour Mohammed VI figure déjà sur les nouveaux billets de 200 dirhams émis par Bank Al-Maghrib. C’est peut-être la mesure la plus concrète de ce que représente l’édifice : non plus un projet en cours, mais un repère ancré, un élément du paysage urbain et symbolique du Maroc contemporain.

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.