Visite guidée de la Tour Mohammed VI

La Tour Mohammed VI ne se contente pas de toucher le ciel, elle redéfinit le rapport du Royaume à son patrimoine, à sa modernité et à ses ambitions continentales. Visite guidée d'un édifice qui a tout d'un manifeste architectural.

La tour s’élance sur 55 niveaux pour une surface totale de 102 800 m².

L’histoire commence en 1969, lorsqu’Othman Benjelloun, aujourd’hui président de O Capital, est invité par la NASA à observer le lancement de la fusée Apollo 12. Un demi-siècle plus tard, ce souvenir prend forme dans le ciel de Rabat : une silhouette fuselée, prête à décoller de la rive nord du Bouregreg.

Inaugurée officiellement le 13 avril dernier par le Prince héritier Moulay Hassan, la Tour Mohammed VI est aujourd’hui la plus haute tour du Maroc et l’une des plus élevées du continent. Visible jusqu’à 60 kilomètres à la ronde, elle s’impose comme un monument de référence, non seulement dans la capitale, mais dans l’imaginaire collectif d’un pays en pleine transformation. Au point que Bank Al-Maghrib a décidé, dès 2024, de faire figurer sa silhouette sur les billets de 200 dirhams.

Rabat, altitude 250

Les façades nord et sud sont traitées de manière radicalement différente.

Dès 2014, Othman Benjelloun confie la conception de la tour à l’architecte espagnol Rafael de la-Hoz, figure de la troisième génération d’un cabinet fondé en 1920 à Madrid, lauréat de la Médaille d’or de l’Architecture d’Espagne.

Il travaillera en étroite collaboration avec l’architecte marocain Hakim Benjelloun, dont la signature embrasse aussi bien l’architecture de tradition marocaine que les projets contemporains les plus ambitieux.

La directive initiale est limpide : que la silhouette de la tour évoque celle d’une fusée posée sur son pas de tir. De cette contrainte poétique naît un édifice d’une cohérence formelle remarquable.

La tour s’élance sur 55 niveaux pour une surface totale de 102 800 m², avec une élévation progressive, légèrement effilée, qui confère à l’ensemble une tension ascensionnelle permanente. Les façades nord et sud sont traitées de manière radicalement différente, un choix formel qui donne au bâtiment une double identité selon l’angle d’observation.

Le hall d’entrée de la Tour Mohammed VI.

Côté nord, un mur-rideau modulaire de 13 100 m² de surface vitrée signe une façade transparente, baignée de lumière, qui offre aux bureaux, résidences et chambres d’hôtel des panoramas saisissants sur les villes de Rabat et Salé, et au-delà, sur l’Atlantique.

Côté sud, la tour revêt une seconde peau tout autre : 3900 m² de panneaux photovoltaïques haute performance habillent la façade dans une texture mate. Ce geste architectural audacieux, qui sacrifie délibérément une partie des surfaces commerciales au profit d’une production d’énergie verte de 551 kWc, transforme la contrainte écologique en identité esthétique.

Un cockpit dans les nuages

Le 50e étage, qui abrite l’Observatoire du patrimoine.

La coiffe de la tour s’élève au-dessus du 50e étage dans un volume de verre courbé et de bardage aluminium qui imite la verrière d’un cockpit aérien.

À l’intérieur se niche l’Observatoire du patrimoine, réparti sur deux étages : au 50e, une plongée numérique dans les sites culturels des deux rives du Bouregreg, et au 51e, l’exposition permanente « Le ciel parle arabe », conçue comme une célébration des savoirs astronomiques arabo-andalous.

L’intérieur comme dialogue

L’âme intérieure de la tour porte la signature de l’architecte d’intérieur Pierre-Yves Rochon, à qui l’on doit notamment la restauration récente du Waldorf Astoria de New York.

Sa direction artistique pour la Tour Mohammed VI repose sur un principe fondateur : faire dialoguer, sans jamais les opposer, les codes de l’artisanat marocain et les lignes de la modernité internationale.

Le résultat est visible dès les premiers pas dans le lobby. Les frises en stuc ont mobilisé pas moins de 28 artisans, dans un travail d’orfèvre collectif où chaque relief raconte une tradition.

Dans le lobby, une maquette de la tour et des échantillons de l’artisanat utilisé. Au mur, une fresque de Myriam Mourabit.

Sur les murs, deux textes historiques : celui du géographe Al-Idrissi célébrant Salé au XIIe siècle, et les vers du poète Ibn al-Khatib, médecin et philosophe grenadin du XIVe siècle, sont calligraphiés en arabe et ciselés dans le stuc, disposés de sorte que les noms de Rabat et de Salé se répondent en miroir. La tour parle, littéralement, aux deux rives.

La palette matière se décline en marbre blanc, bronze sculpté, laiton brossé, cuir de Cordoue, boiseries et zelliges traditionnels. Une gamme de tons neutres et luxueux sur laquelle les objets d’art prennent toute leur place.

Car la Tour Mohammed VI est aussi, et peut-être surtout, un musée vivant : quelque 7000 œuvres et éléments de design, signées par 143 artistes marocains et internationaux, jalonnent un parcours artistique de la galerie du socle jusqu’à l’observatoire du sommet.

Les maâlems à l’honneur

Un des 30 appartements du volet résidentiel de l’édifice.

Les artisans marocains sont au cœur du processus créatif. Ferronniers, sculpteurs de plâtre, tisserands, céramistes, calligraphes : tous ont travaillé main dans la main avec des designers internationaux, dans une porosité des savoirs qui a permis des œuvres inédites.

Parmi les pièces maîtresses de cet artisanat d’exception, la monumentale Porte Nord, chef-d’œuvre de ferronnerie ciselée. Dans les patios du socle, deux arbres sculptés par l’illustrateur Maxime Kham et réalisés par les artisans de l’atelier Jojma sont constellés de mots évoquant le patrimoine des deux villes : la poterie de Salé, la broderie de Rabat, les portes emblématiques de Bab Laalou et Bab Rouah.

Une suite de l’hôtel Waldorf Astoria, qui compte 55 suites et chambres.

Huit ans de chantier, une pandémie, des tensions sur les matériaux suite à la guerre en Ukraine, 2500 ouvriers, 60 ingénieurs et architectes, 143 artistes et artisans, 15 nationalités, des entreprises venues de Belgique, du Maroc, de Chine, d’Inde, de France et des Émirats : la Tour Mohammed VI est définitivement le produit d’une « Tour de Babel des métiers ».

La Tour Mohammed VI en chiffres

250 m de hauteur

55 étages

102 800 m2

38 ascenseurs

551 places de parking

30 appartements (commercialisation à venir)

26 plateaux de bureaux (commercialisation à venir)

Un hôtel : le Waldorf Astoria Rabat

4 restaurants : Magnolia, Peacock Alley, Aldabaran, Mezzanine

Prix de la visite de l’Observatoire du patrimoine (sur réservation) : 250 dh adultes, 80 dh enfants

Prix de départ d’une chambre au Waldorf Astoria : 9000 dh

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.