Mounia Radouane, ce qui compte vraiment

Formée entre Paris et Séoul, Mounia Radouane a fondé son agence en 2022 et défend une architecture qui sert avant tout.

Mounia Radouane dans son agence à Casablanca.

Il y a, dans le parcours de Mounia Radouane, une cohérence toute instinctive. Elle grandit à Rabat, et retient de ces années quelque chose d’essentiel : le rapport à l’ombre et à la lumière, l’intelligence des transitions, la pudeur d’un patio. Ce n’est pas encore de l’architecture, mais c’est déjà une manière de voir.

Elle étudie à l’ENSA Paris-Val de Seine, fait un échange universitaire à Séoul, travaille dans des cabinets parisiens tout en poursuivant ses études. Elle rentre au Maroc vers 2016-2017 et rejoint l’agence de Karim Chakor, où elle passe six ans. C’est là qu’elle apprend la rigueur, l’exigence du détail, la responsabilité que l’on porte quand on construit. Dix ans de salariat en tout, avant de fonder son agence en 2022, sans communication, sans coup d’éclat. Les premiers clients arrivent par le bouche à oreille. Puis les suivants.

Villa VDPN, projet livré en 2021. La chaleur du bois, l’élégance du détail.

Sa pratique couvre aujourd’hui plusieurs univers : des riads dans la capitale, des résidentiels haut de gamme, des restaurants, dont le Zing à Rabat, un immeuble, et des projets plus atypiques qui lui tiennent particulièrement à cœur.

Le Mayshad Community Health Center, en cours de chantier dans le Douar Tansghart, près de Marrakech, a été conçu dans un contexte post-séisme de 2023. C’est un centre de premiers soins avec une école pour les enfants du douar et des chambres pour des médecins bénévoles venus de loin. Mounia Radouane en parle avec une sobriété qui dit tout : on arrive avec humilité, on construit avec justesse, la responsabilité prime sur l’esthétique.

Akba Lab, son projet laboratoire à Assilah, développé en collaboration avec Samir Mazer et Delphine Laporte, fondateurs des Ateliers Zelij, incarne l’autre versant de ses convictions : un espace où l’enveloppe architecturale devient outil, où l’on travaille, crée et réfléchit ensemble.

Villa BSK, 2023.
L’art comme point d’ancrage du lieu ou une composition vibrante dans un écrin de douceur.

À cela s’ajoute une pratique que l’architecte mène discrètement depuis ses années parisiennes : la création d’objets. Lampes inspirées du qaleb de soukar marocain, avec un socle en céramique travaillée avec des artisans marocains et un globe en verre soufflé, certaines plaquées or à la troisième cuisson. Elles ont été exposées à la Casablanca Design Week, puis à Maison & Objet, avant d’être remarquées par des galeries internationales. Car c’est là un autre axe fort du cabinet : proposer une conception globale, du bâtiment jusqu’aux derniers détails du mobilier.

Dans un milieu majoritairement masculin, elle a développé une écoute attentive aux usages réels, qui ouvre souvent des espaces que d’autres ne voient pas. Mounia Radouane croit à une modernité enracinée, à des projets sobres plutôt que surchargés, à une architecture qui s’appuie sur les principes : les transitions, l’intimité, les couleurs, les matières. Le goût du détail. « Et même quand un espace est discret, dit-elle, il peut apaiser, rassembler, protéger toute une communauté. »

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.