Mohamed Mourabiti, quarante ans de peinture à La Galerie 38

Ce soir, La Galerie 38 Casablanca ouvre PARABOLES, une rétrospective consacrée à Mohamed Mourabiti. Des toiles de 1988 aux plus récentes, le parcours retrace la manière dont l’artiste a fait du paysage marocain la matière d’une recherche spirituelle.

Il y a d’abord les antennes paraboliques qui hérissent les terrasses, les coupoles blanches des marabouts, les murs de terre crue. Mohamed Mourabiti n’a jamais cherché à reproduire ces éléments du quotidien. Il les isole, les simplifie, les répète, jusqu’à ce qu’ils ne désignent plus un objet mais une idée. L’antenne qui a donné son nom à l’exposition en est le meilleur exemple : sur la toile, elle devient une courbe pure, un signe parmi d’autres.

 

Accrocher côte à côte près de quatre décennies de travail permet de mesurer ce dépouillement. Au fil des années, le dessin perd en détails et gagne en densité. Ce qui ne bouge pas, c’est l’attachement à la matière. L’artiste mêle au pigment du goudron, de la terre, du tissu, gratte et recouvre ses surfaces. Ses couleurs viennent directement des lieux qu’il a habités : les ocres et les rouges de Marrakech, sa ville natale, puis les tons terreux de Tahannaout, village au pied de l’Atlas où il a posé son atelier.

 

Cette peinture très concrète ouvre pourtant sur une dimension mystique, que Mourabiti n’énonce jamais frontalement. Elle passe par le cercle, par le vide qu’il ménage sur la toile, par la figure du mausolée. Sa lecture d’Ibn Arabi, et un séjour à Damas où repose le maître soufi, l’ont conduit à rêver d’une sépulture imaginaire dédiée au penseur. L’écrivain Edmond Amran El Maleh, compagnon de route qui lui a consacré plusieurs textes, avait formulé ce qui guide l’ensemble : « la liberté est le seul lieu de la peinture ».

 

Parmi les pièces récentes, des tondi, ces tableaux de format rond, font apparaître le continent africain affranchi de ses tracés politiques. D’autres intègrent des morceaux de cartes et de journaux glanés entre Paris, Londres, Dubaï et São Paulo. Les voyages nourrissent l’œuvre sans jamais l’éloigner de Marrakech.

 

Formé seul, en dehors des écoles d’art, Mourabiti a toujours conçu son métier comme un échange. À Tahannaout, il crée au début des années 2000 Al Maqam, lieu de résidence où ont séjourné Adonis, Mohamed Bennis, Michel Butor, Dia Azzawi ou Edmond Amran El Maleh. Avec des auteurs comme Adonis, Mustapha Nissabouri ou Abdelhak Serhane, il a également signé des livres d’artiste conçus comme de véritables conversations entre l’image et le texte.

Le vernissage, sur invitation de Fihr Kettani et Mohammed Chaoui el Faiz, a lieu ce soir à La Galerie 38, au cœur du Studio des Arts Vivants. Une rétrospective pour comprendre comment un mur de pisé peut, sous le pinceau, devenir une porte vers l’ailleurs. 

 

PARABOLES, la rétrospective. Mohamed Mourabiti
Vernissage le jeudi 15 octobre 2026, à partir de 19 h
La Galerie 38, Studio des Arts Vivants
38, boulevard Abdelhadi Boutaleb (ex-route d’Azemmour), Casablanca

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.