Photos Alessio Mei, Cécile tréal
Façade sud : la briquette de Safi ancre la maison, tandis que les volumes courbes de l’étage semblent flotter. La piscine hors sol prolonge cette écriture organique.
L’architecture respire en deux temps. Au sol, un socle massif, ancré par sa briquette de Safi aux tons rougeâtres, presque charnels. À l’étage, un volume courbe qui flotte, libéré de la terre. Côté rue, la façade se protège derrière des stries qui filtrent la lumière rasante de l’ouest. Côté golf, elle s’ouvre largement à travers de grandes baies aux vitrages galbés. « On a travaillé avec des matériaux locaux », résume l’architecte. Il a dessiné lui-même les poignées en pierre de Taza, le calepinage des briquettes, les portes pivotantes. Chaque détail compte.
Arrivé couché sur le chantier, l’escalier en colimaçon, pièce unique réalisée sur mesure, est glissé par une grue dans la perforation de la dalle. Côté jardin, la façade s’ouvre largement sur le paysage, révélant les vitrages galbés et le jeu de courbes qui structure l’architecture.
Elle n’a pas de nom, seulement un numéro de référence. Villa 005. Comme si la nommer revenait à l’arrêter. L’architecte la décrit comme une maison « un peu Lego », où les volumes poussent, s’emboîtent, s’entrecroisent. L’histoire commence en plein Covid : un jeune couple acquiert cette parcelle de 1 400 m² à Amelkis, au bord du golf, pour y bâtir son refuge. Omar Benmoussa, fondateur de Studio BO, formé entre Paris et Rio, est sollicité.
Une maison « un peu Lego », où les volumes poussent et s’entrecroisent
Dès l’entrée, l’escalier intérieur saisit le regard : marches scellées au mur, garde-corps suspendu dans le vide. À l’étage, un espace de méditation s’ouvre uniquement sur le ciel, par une percée zénithale. Ni fenêtre, ni horizon. Juste la lumière qui tombe. « C’est un espace de recul, un boudoir », confie l’architecte. La salle à manger, isolée par des portes tendues d’I-Mesh — cette membrane en fibre naturelle commercialisée par Inspiration Design By — s’ouvre sur les salons à travers une baie galbée.
Le bardage en pin d’Oregon rythme le plafond et se prolonge en façade. Mobilier chiné et pièces sur-mesure composent l’aménagement signé Mounia Benjelloun.
L’aménagement intérieur porte la signature de Mounia Benjelloun, fondatrice d’Imagie Maison. Amie d’enfance de l’architecte, elle a su tempérer sa modernité. « Lui a une vision plus contemporaine, moi je travaille des matériaux plus classiques », explique-t-elle.
Les portes pivotantes tendues d’I-Mesh isolent la salle à manger sans occulter la lumière.
D’où le zellige dans les chambres, le tadelakt, la brique rouge. Marrakech affleure partout, sans jamais s’imposer.
Elle a conçu sur-mesure les chaises, les sculptures, la tête de lit ronde d’inspiration wabi-sabi. « Je voulais que l’on se sente dépaysé. » Le paysagisme, confié à l’Atelier KLP, privilégie graminées, oliviers et cactées.
Zellige et boiseries dans la cuisine.
La piscine hors sol offre une profondeur centrale pour nager, une plage périphérique pour se retrouver. Villa 005 n’est pas minimaliste. « Il s’en passe des choses », sourit l’architecte. On le croit sur parole.
Dans la suite parentale, une tête de lit ronde d’inspiration wabi-sabi s’inscrit dans une palette de tadelakt et de boiseries.
Chaque chambre affirme son caractère à travers une écriture matérielle sobre, entre bois, zellige et enduits minéraux.