Le secret du détroit

À Tanger, le Mirage cultive depuis 1986 une discrétion presque totale. L'une des adresses les plus secrètes du Royaume nous ouvre ses portes après rénovation.

Posé en surplomb du détroit de Gibraltar, à deux pas des Grottes d’Hercule, le Mirage occupe l’un des points de vue les plus spectaculaires de la côte tangéroise, là où l’horizon file jusqu’à Assilah sans qu’aucun obstacle ne vienne troubler le regard. Rien ne laissait pourtant présager cette destinée.

Le comptoir de la réception côtoie une collection de toiles accrochées sans ordre apparent, comme dans un salon particulier. Juste derrière, une œuvre monumentale d’Amina Benbouchta domine l’espace.

Dans les années 1980, ce lieu n’était qu’une gargote perchée au-dessus des vagues, connue des seuls habitués sous le nom de Grottes d’Hercule. Deux frères, Abdeslam et Ahmed Chakkour, s’y attachent au point d’y poser, en 1986, la première pierre d’un hôtel. 

Dans ce salon aux murs qui répondent aux éléments du décor, une fenêtre s’ouvre sur la verdure.

Depuis, la maison n’a cessé de grandir sans jamais perdre son fil : une extension d’ampleur en 2010, puis des campagnes de rénovation menées chaque année, avec une remise à neuf récente qui a permis à l’hôtel de retrouver tout son éclat.

L’architecture assume une filiation british qui traverse toute la maison : colonnes blanches, volumes bas, toitures en tuile. Construite à flanc de falaise, elle épouse le relief plutôt que de le contraindre.

Lit immaculé, chaussons et peignoir déjà disposés : dans cette suite dotée de sa propre piscine, chaque détail anticipe l’arrivée de l’hôte.

La décoration suit le même principe d’irrégularité assumée : chacune des 53 suites a été composée séparément, sans souci de reproduire un modèle d’une chambre à l’autre, dans un esprit de maison de famille plutôt que de collection standardisée.

Le lobby, lui, tient du musée vivant : les compositions expressionnistes de l’artiste espagnole Paula Segarra Carlavilla côtoient les toiles de Hassan El Glaoui, et une œuvre monumentale d’Amina Benbouchta domine la réception.

La falaise se creuse jusqu’à l’eau : l’architecture ne domine pas l’océan, elle s’y accroche.

Cette discrétion n’a pourtant pas empêché les figures les plus en vue de trouver le chemin du Mirage : chefs d’État français, familles royales européennes, légendes du cinéma, écrivains venus y travailler au calme. Aucun nom n’est affiché, aucune photo n’est publiée sans accord, et cette retenue a fait, au fil des décennies, la réputation de la maison.

L’écrivain Tahar Ben Jelloun en a résumé l’esprit dans le livre d’or : au Mirage, on se repose, on écrit, on aime.

 

 
 
 
 
 
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Cette intimité ne se limite pas aux chambres. Les hôtes disposent d’un accès direct à une plage privée, de deux piscines, dont l’une réservée aux adultes, et d’un spa pensé comme un sanctuaire, ouvert aux seuls résidents.

Nappes blanches et parasols rouges : le déjeuner se prend face au large, quelle que soit l’heure.

Côté table, le restaurant principal sert une cuisine méditerranéenne face à l’océan, tandis que la Sunset Terrace accueille les apéritifs au coucher du soleil. Au Mirage, tout est affaire de mesure : la mer fait le travail, le reste se murmure.

Quand le soleil bascule sur l’océan, la façade blanche de l’hôtel s’embrase à son tour.

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.