Photos Cécile Tréal
Salon marocain traditionnel aux tonalités rouges, structuré autour du sedari et d’un tapis central, où la richesse des étoffes et la symétrie de l’agencement rappellent l’importance de l’art de recevoir dans les maisons marocaines.
Dans l’air flotte un parfum de menthe sucrée qui s’élève d’un plateau d’argent encore tiède. On y entend les éclats de joie des fêtes familiales, les applaudissements rythmant les chants. On y devine aussi les silences serrés des jours où l’on cherchait simplement à se réunir pour tenir debout. Le salon marocain porte tout, la jubilation et le réconfort, les murmures des consolations et les histoires chuchotées pour apaiser ceux qui restent. Un même lieu servant à la fois de refuge nocturne et de scène de vie. Dans la profondeur des assises et la générosité des banquettes se lisait une logique simple. Celle d’un foyer où tout devait être à la fois confortable, fonctionnel et prêt à accueillir sans prévenir.
Palette de bleus profonds et assises basses composent le salon. Le zellige, le bois sculpté et le plâtre ciselé dessinent un décor où la lumière naturelle circule librement.
Quant au laiton et aux textiles, ils permettent de réchauffer l’ensemble.
Avec le temps, le confort s’est affiné. Les matelas de laine trop lourds ont cédé la place à des matières plus souples, les coussins se sont faits plus moelleux et les proportions ont été pensées pour que le corps s’y abandonne naturellement. Dans le détail des finitions se lisent aussi les gestes anciens. La tablette en bois encadre les assises, les tissus se tendent avec le soin des ateliers, et la passementerie dessine ses lignes discrètes le long des dossiers. Les tables basses, rondes ou octogonales, orchestrent l’espace autour du thé. Quant aux étoffes, satinées, brodées ou tissées serrées, elles prolongent l’idée d’un salon façonné pour la beauté autant que pour la convivialité.
Salon marocain par Maroua Ihrai
Selon les régions, le salon marocain change de lumière et d’accent. Dans le Nord, l’influence andalouse se devine dans les boiseries ajourées et les jeux d’ombre projetés par les moucharabiehs. À Fès, la pièce prend une allure plus solennelle, portée par les socles sculptés et les étoffes denses qui prolongent la mémoire des grandes maisons artisanes. À Marrakech, la lumière filtrée par la terre confère au salon une chaleur presque minérale, adoucie par la simplicité des formes. Ailleurs, la modernité s’invite sans effacer l’essentiel.
Le sedari épouse les arcades et structure l’espace, libérant le centre pour la circulation et les temps de réception.
Les lignes s’épurent, les couleurs s’apaisent et le sedari dialogue avec de nouvelles matières. Partout, le salon demeure un lieu de transmission, un espace où se tisse encore l’esprit du pays.
Parmi ceux qui prolongent la vie du salon marocain, Chafiq Kabbaj occupe une place singulière. Son travail s’ancre dans une connaissance profonde de l’architecture et des arts décoratifs du pays, qu’il réinterprète avec une élégance mesurée. Dans ses intérieurs, la tradition s’ouvre à des lignes plus contemporaines, révèle la précision des matières locales et compose des espaces où l’ancien dialogue naturellement avec le confort d’aujourd’hui.
Détail d’un salon marocain réalisé par Selma Benjelloun
Une nouvelle génération prolonge cet élan. Fondatrice de IM Interior Design, Maroua Ihrai conçoit des espaces où douceur des lignes et confort moderne dialoguent avec les héritages du pays. Une pratique reconnue dans le cadre des Moroccan Interior Design Awards en décembre, où elle faisait partie des nommés pour l’intégration de l’artisanat dans des projets résidentiels. À Casablanca, Selma Benjelloun explore ce même territoire à travers Dar Design. Chacune de ses pièces semble suivre le mouvement naturel d’un Maroc qui évolue sans rompre la continuité de sa tradition.
Entre les mains des artisans et des créateurs, le salon marocain continue de se transformer, de s’ouvrir à de nouvelles matières et de dialoguer avec d’autres esthétiques sans perdre la trace de sa mémoire.