Othmane Bengebara, conteur d’espaces

Entre une villa remarquée, une ligne de mobilier et un hangar aéronautique, le jeune architecte ne craint aucune échelle.

L’architecte est également artiste, ici devant une de ses œuvres à la Loft Art Gallery.

« Beaucoup de gens se définissent par des lignes esthétiques, moi je suis plutôt un contextuel », pose d’emblée Othmane Bengebara. « Je cherche à raconter une histoire, d’abord en dialogue avec le lieu. Et avec le client, ça devient presque psychanalytique », sourit-il.

Pas de signature formelle imposée d’un projet à l’autre donc, mais un regard attentif à son environnement culturel, esthétique, poétique, qui se déploie aussi bien pour une villa que pour un objet design.

La villa DDAR, dans la région d’Essaouira, projet livré en 2025. Photo Iman Zaoin

Quelle que soit l’échelle, la même exigence, conséquence de quelques années au sein du cabinet Karim Chakor à Rabat et chez LVMH à Paris, où il a notamment participé à la réalisation du flagship Louis Vuitton avenue Montaigne, sous la direction de Peter Marino. « J’y ai appris le sens du détail, un certain regard sur la beauté, et une maîtrise de la gestion de projet. »

En 2024, il réalise la scénographie du pavillon de l’Ouzbékistan à la 60e Biennale d’art de Venise avec Adra Studio, l’agence parisienne de sa sœur.

Une expérience variée que l’architecte et architecte d’intérieur, formé entre l’école spéciale d’architecture de Paris et l’Université pontificale catholique de Rio de Janeiro, met désormais à profit de sa propre agence, Othmane Bengebara Studio, à Casablanca.

« Don’t Miss The Cue », pavillon national de l’Ouzbékistan à la Biennale de Venise, 2024. Photo Gedra Studio

Dans la région d’Essaouira, le premier projet de l’agence est une villa de 350 m² livrée en 2025, construite selon des techniques ancestrales et pensée en collaboration avec son propriétaire, un grand collectionneur d’art. « C’est le projet où j’ai le plus exprimé ce que je pense de l’architecture dans ce contexte », confie Bengebara. Pour le magazine britannique Wallpaper*, DDAR fait partie des 25 plus belles maisons de 2025.

 

 
 
 
 
 
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Aujourd’hui, l’architecte de 35 ans planche sur un hangar aéronautique lié aux infrastructures de la prochaine Coupe du monde, une villa à Casablanca, la scénographie d’un dîner avec un chef renommé. « Chaque projet a un corpus très intéressant, de l’objet jusqu’au mégaprojet. »

Et une première incursion dans le design de mobilier, en collaboration avec les Ateliers Jouffre. L’ottoman Irtah ! s’inscrit dans Futur Arab Tales, un projet de recherche qui interroge la narration et la transmission des savoir-faire dans la région. L’assise est une invitation au repos : « J’explore une culture de la lenteur dans ce travail, cette idée que les belles choses prennent du temps. »

Finaliste du Prix du design émergent à l’Institut du monde arabe, la pièce sera présentée à Paris le 9 septembre 2026, et à Casablanca pendant Morocco Design, début octobre.

L’ottoman Irtah ! conçu en collaboration avec les Ateliers Jouffre, 2026. Photo Othmane Bengebara

Mais il faut remonter à 2014 pour comprendre ce qui l’anime, lorsqu’il co-fonde New South, un collectif de recherche pour penser les architectures du futur à partir des savoirs du Sud global. « Je pense que le combat est avant tout intellectuel, il faut mettre en lumière les potentiels marocains. »

Un engagement que l’on retrouve dans sa casquette d’enseignant à l’École d’architecture, de planification et de design (SAP+D) de l’UM6P-Benguerir. Othmane Bengebara est également artiste, représenté par la Loft Art Gallery. Une autre manière de raconter des histoires. Et de transmettre, toujours.

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.