Kasbah d’If : un spa taillé dans la roche

Dans le désert d'Agafay, l'architecte Idriss Karnachi a imaginé un spa fondu dans son environnement, vue sur l'Atlas.

Photos Cécile Tréal

De retour au Maroc après des années à l’étranger, Idriss Karnachi passe régulièrement en voiture devant un chantier perché sur une colline dans les environs de Marrakech.

Poussé par la curiosité, il finit par s’y rendre, rencontre Pierre, le propriétaire de ce qui deviendra la Kasbah d’If, un hôtel 5 étoiles. La conversation s’engage, et une collaboration se dessine.

La Kasbah d’If, perchée sur une colline dans le désert d’Agafay. (Crédit DR)

« Les premiers plans du spa étaient dessinés par des ingénieurs. C’était très fonctionnel, mais il manquait une dimension sensible, presque corporelle », se souvient le jeune architecte. Une poésie qu’il décidera d’insuffler dès l’entrée, dont le tunnel tortueux semble suivre une veine du rocher dans lequel il a été creusé. Un rituel de passage vers la déconnexion, mais aussi un avant-goût de la signature toute en courbes de l’espace partagé entre bassin et salles de soins.

« Le spa est un lieu de vulnérabilité : on s’y dénude, au sens propre comme au figuré. L’idée, c’était de créer un environnement qui accueille cette vulnérabilité. Des lignes adoucies, pas d’angle, rien qui puisse heurter le regard ou le corps », explique Karnachi.

Le bassin chauffé partagé entre intérieur et extérieur.

Pour les matériaux, tout le défi tenait dans un paradoxe : un spa doit être clinique, propre, hygiénique, or la Kasbah d’If fait la part belle à la terre et autres matériaux naturels. L’architecte résout cette contradiction en recourant à la chaux, enduit traditionnel qu’il retravaille dans un rendu plus contemporain.

Les courbes sont elles aussi truffées d’accidents intentionnels, de traces artisanales, pour que le spa perpétue l’esprit de la kasbah, dans un aspect « grotte » auquel tenait le propriétaire.

Une des salles de soins.

Le mobilier d’extérieur poursuit cette ambition organique. En fibre de verre, enduit d’un mélange de chaux et de poudre de marbre, il a ce rendu irrégulier, presque expérimental. 

Le mobilier d’extérieur conçu spécialement pour le spa.

On s’y détend sous le soleil, après une baignade dans la piscine chauffée qui se partage entre intérieur et extérieur, vue sur les crêtes enneigées de l’Atlas.

La fontaine à neige, clin d’œil aux sommets enneigés de l’Atlas.

La fontaine à neige postée à côté du hammam vient filer la métaphore. « C’est un peu la beauté de ce site et de Marrakech plus généralement, de réunir ces deux extrêmes. »

Idriss Karnachi

Né à Casablanca en 1993, Idriss Karnachi a un parcours nomade, de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Versailles au College of Architecture and Urban Planning de Tongji University à Shanghai. Après diverses expériences, notamment au sein de Studio KO, l’architecte et urbaniste co-fonde NOSS NOSS, studio entre Marrakech et Genève, où il défend une architecture sobre et profondément ancrée dans son contexte. Il est aussi connu pour ses collages surréalistes mêlant humour et poésie.

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.