Cap sur la lumière

À Casablanca, sur un terrain triangulaire dompté par un escalier hélicoïdal central, Driss Kettani signe une villa de 550 mètres carrés pour une artiste casablancaise.

Dans le séjour, les œuvres d’art et le mobilier choisis par la propriétaire prennent place à quelques pas de la piscine, installée à la proue de la maison. Photos Doublespace Photography

L’escalier hélicoïdal s’enroule au centre de la maison, protégé par un claustra en lattes de bois, et la rotule résout ce qui aurait pu être le plus grand handicap de la Villa Miro.

Le terrain, raconte Driss Kettani, qui a ouvert son agence à Casablanca en 2005, cumulait trois difficultés : une forme triangulaire, une mitoyenneté, une pente.

Une fois les reculs réglementaires et le mitoyen respectés, la forme du plan s’impose presque d’elle-même, autour d’une seule question : comment circuler entre les niveaux tout en séparant espaces publics, privés et de service ?

Un escalier classique ne suffisait pas ; il fallait une rotule capable d’articuler tous les espaces dans un même mouvement. « La fluidité, les transitions douces, c’est très important pour moi », dit l’architecte.

Autour de la cheminée choisie avec la propriétaire pour son caractère chaleureux, les œuvres d’art sélectionnées par la maîtresse des lieux ponctuent l’espace.

Au rez-de-chaussée, séjour et réception se distinguent par leur forme plus que par une séparation franche : le séjour, contenu, s’organise autour d’une cheminée cosy près de la cuisine ; la réception s’ouvre largement à la proue, vers la terrasse.

À l’étage, un petit salon familial vue sur mer distribue les trois chambres, la suite principale à la proue, les chambres d’enfants de part et d’autre de la base.

Le granito poli habille les sols de la maison, dans une teinte dosée spécifiquement pour ce projet. 

C’est au niveau de cette proue que Driss Kettani a placé la piscine, pensée comme « un événement paysager » qui apporte fraîcheur et luminosité changeante, « au même titre que les volumes » de la maison.

Ce choix a aussi permis une terrasse plein sud et un jardin confié à la paysagiste Françoise Bonnal. De larges baies en double vitrage prolongent visuellement l’eau jusque dans le séjour.

Autour du noyau, la lumière du claustra accompagne les espaces du quotidien.

Du noyer massif habille le noyau de l’escalier ; les sols et le bassin de la piscine sont en granito poli, teinté spécifiquement pour la maison, « un patrimoine casablancais que l’on retrouve dans toutes les maisons de Casablanca des années 1950-1960 », rappelle l’architecte.

Des touches de béton, du blanc au gris, et, en façade, un zellige turquoise commandé spécifiquement pour le projet complètent une palette sobre, animée par une verrière au-dessus de l’escalier, « sorte d’horloge naturelle dans la maison ».

L’escalier distribue les niveaux avec fluidité. À l’étage, les deux chambres d’enfants se partagent les côtés de la base, autour du petit salon familial. 

La propriétaire, artiste casablancaise, était impliquée dès la conception. Les ajustements se sont arrêtés une fois le plan figé : c’est au moment du mobilier et des œuvres d’art que sa sensibilité s’est le plus fait sentir.

« J’ai adhéré assez rapidement à tout ce qu’elle a choisi », confie Driss Kettani, qui dit s’être tenu à un rôle d’accompagnement.

 

Dans la salle de bain, une mosaïque sombre habille les murs, sous une rangée de photographies en noir et blanc accrochées comme dans un salon.

Et de ce terrain qu’il jugeait très contraignant, une leçon retenue : « Il faut prendre les contraintes comme des opportunités créatives. »

La façade et son zellige turquoise, entourée par le jardin de Françoise Bonnal.

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.