Crédit photo Cécile Tréal.
La baie coulissante efface la limite entre la terrasse et la salle à manger, où une table de verre repose sur une racine. Dehors, un foyer maçonné et quelques assises basses regardent la plage.
Philippe Luciani était ébéniste et décorateur. Installé au Maroc pendant des années, il travaillait la récupération, les vieux matériaux, les bois qui avaient déjà servi. Ces chalets, personne ne les lui a commandés. Il voulait développer des projets en construction bois et les a bâtis pour montrer ce qu’il savait faire, avant d’en construire d’autres. « C’est une maison dans laquelle il avait rêvé de vivre », dit Sabine Mercier. Il nous a quittés avant d’avoir pu la voir vivre.
Taillé dans le bois massif, un long comptoir à deux niveaux traverse la pièce à vivre et sépare la cuisine de la table. Au-dessus, le plafond à poutres et les suspensions à ampoules apparentes accentuent l’esprit de cabine.
Elle le dit sans détour, elle n’est pas intervenue sur la conception du lieu. Le décor, en revanche, leur appartient à tous les deux. Les tables faites de vieilles racines, les meubles, beaucoup de créations sont nées de leur travail commun, et bon nombre d’objets personnels ont fini par atterrir ici. Les tableaux, eux, viennent d’avant, d’une vie antérieure à ce pays. « Cette maison raconte une histoire d’une vie au Maroc, mais aussi d’une vie d’avant. »
Murs et plafond en bois, literie blanche et tapis ancien pour cette chambre ouverte de plain-pied sur sa terrasse, où un matelas posé sur des palettes fait face aux dunes. Aux murs, des toiles glanées au fil des années.
Il y a surtout le bateau. C’est Philippe qui le lui a fait découvrir. Architecte formée à Besançon, Sabine Mercier avait travaillé une dizaine d’années en agence à Strasbourg avant de tout quitter, il y a trente ans, pour partir vivre en mer avec lui. Deux ans à bord, puis l’ancre jetée au Maroc en 2003, un premier chantier à Tanger, et Essaouira qui devient la ville d’attache. Elle y installe son agence et enchaîne les chantiers, du Dhow à Rabat aux maisons privées de la côte. Cet amour du bateau, la maison le porte encore : le bois partout, la ligne d’horizon tenue par chaque ouverture, ce côté cabine que l’on ressent en entrant.
Le toit de métal file au-dessus de la terrasse de bois, dans le prolongement de la maison. Au-delà de la haie, la vue court jusqu’à l’océan.
Restée la maison de famille, elle ouvre aujourd’hui ses portes. En contrebas, une seconde cabane n’abrite qu’une grande chambre et sa terrasse, pour ceux qui veulent être seuls face aux dunes. À quelques kilomètres d’Essaouira et de son agitation, on n’entend plus ici que le vent et l’océan.