Alaa Halifi et El Yazid Boudraa, finalistes dans la catégorie Prix de l’impact. © 99+ X Architects
Sur les 26 finalistes retenus dans l’ensemble du monde arabe, cinq sont marocains, répartis dans quatre catégories du concours. De quoi confirmer le dynamisme d’une scène qui conjugue héritage, innovation et savoir-faire.
Les lauréats seront dévoilés le 9 septembre 2026 lors d’une cérémonie organisée à l’IMA dans le cadre de la Paris Design Week, et les projets finalistes visibles du 3 au 20 septembre.
Un prix pour les designers du monde arabe
Présidé par Anne-Claire Legendre, l’Institut du monde arabe a pour mission de mettre en lumière les cultures arabes dans toute leur richesse et leur diversité : patrimoine, arts visuels, arts vivants, littérature, langues ou sciences humaines.
C’est dans cette logique que l’IMA a lancé, en 2023, un Prix du Design entièrement dédié à la création design du monde arabe.
Réunissant un jury prestigieux, présidé cette année par l’architecte égyptienne Shahira Fahmy, ce prix entend mettre en lumière les designers émergents comme confirmés de la région, à travers la démonstration de leurs savoir-faire, de leur génie productif et de leur capacité à inventer de nouveaux matériaux.
Zoom sur les projets marocains séléctionnés cette année.
Othmane Bengebara, l’assise basse réinventée
Irtah !, Sofa designé par Othmane Bengebara. © Othmane Bengebara
Né en 1990 à Rabat, Othmane Bengebara est architecte, designer et artiste conceptuel franco-marocain. Diplômé de l’École Spéciale d’Architecture de Paris ainsi que de la Pontificia Universidad Católica de Rio de Janeiro en 2014, il cofonde dès 2015 le New South Collective, une plateforme de recherche dédiée aux pratiques de design innovantes, avant de fonder sa propre agence, OBS (Othmane Bengebara Studio), au Maroc en 2020.
Depuis 2025, il enseigne également l’architecture à l’Université Mohammed VI Polytechnique, où il transmet une approche expérimentale et transdisciplinaire de la pratique, plaçant l’innovation et la transmission au cœur de son engagement.
Il est finaliste du Prix du talent émergent pour Irtah !, un ottoman né du projet de recherche Futur Arab Tales, consacré aux récits, aux savoir-faire et aux imaginaires du monde arabe. Inspirée des cultures de l’assise basse, la pièce invite à ralentir face à l’accélération du monde contemporain.
Réalisée avec les Ateliers Jouffre Maroc et soutenue par Jouffre Ateliers Créatifs, elle associe artisanat, création textile et intelligence artificielle pour imaginer de nouveaux objets destinés au monde arabe de demain.
Salima Naji, l’architecture de terre au service du patrimoine
Salima Naji, Centre d’interprétation du patrimoine de Tiznit. © Guy Timel
Figure incontournable de la sauvegarde du patrimoine oasien marocain, Salima Naji fonde son agence au Maroc en 2004 pour proposer une alternative constructive fondée sur les technologies des matériaux premiers (terre et pierre) et biosourcés, dans une démarche d’innovation résolument respectueuse de l’environnement.
Installée depuis 2008 dans le Sud marocain, elle fait figure de pionnière, rare femme à œuvrer dans le monde rural, et contribue par son plaidoyer continu à faire évoluer progressivement les pratiques architecturales et le code de l’urbanisme au Maroc.
Chevalier des Arts et des Lettres en 2017, elle a déjà reçu de nombreuses distinctions nationales et internationales pour son travail.
Elle est finaliste du Grand Prix pour le Centre d’interprétation du patrimoine de Tiznit, un bâtiment entièrement construit en pisé, élevé à l’intérieur des anciens remparts de la ville datant de 1810.
Ce musée insuffle une nouvelle vie au site en le reliant au patrimoine immatériel local et en faisant de l’architecture elle-même l’un des grands thèmes de ses collections ethnographiques, notamment à travers une collection d’architecture vernaculaire, présentée sous forme de sanctuaires et de fragments construits sur place par des maîtres artisans.
Imane Mellah, tisser des liens
La tapisserie Bab d’Imane Mellah © Imane Mellah
Architecte et designer franco-marocaine basée à Paris, Imane Mellah a étudié à l’école d’architecture NS de Lyon puis à l’Architectural Association School de Londres, avant de fonder son propre studio parisien en 2022.
Son travail, à la croisée de l’architecture, du design et de la recherche, explore l’influence de l’identité culturelle ainsi que l’intégration des processus de construction et de fabrication.
Dans la catégorie Prix de l’artisanat contemporain, elle est finaliste pour Bab, une œuvre qui transpose une porte de médina marocaine en tissu. Le mot « bab » désigne en arabe une porte, mais aussi un chapitre ou une catégorie de savoir, un passage vers une nouvelle compréhension.
Pour cette tapisserie, un peu plus d’un millier de franges de mousseline, découpées à la main à partir de chutes de tissu selon la technique de la fausse chenille, sont cousues une à une pour former un motif en damier inspiré du tissage amazigh. La silhouette dessine une porte dont le battant, laissé ouvert, se matérialise par un espace vide.
99+ X Architects, les gravats comme ressource
99+ X Architects, What Remains.
Basé à Casablanca, le cabinet 99+ X Architects, fondé par Alaa Halifi et El Yazid Boudraa, intervient dans les domaines de l’architecture, de la recherche urbanistique, de l’espace public, de la réaffectation immobilière et de la mémoire culturelle.
Alors que Casablanca et son image urbaine sont brutalement remodelées par des démolitions massives, leur projet en lice pour le Prix de l’impact, What Remains, Atlas of a Disappearing Casablanca, transforme ces ruines en mémoire collective, en travail local et en ressources partagées.
À travers un protocole de réemploi en trois temps (collecter, transformer, redistribuer), le projet construit une micro-économie de récupération et de savoir-faire, convertissant la perte matérielle en réparation sociale, environnementale et culturelle.
Cérémonie de remise des prix : 9 septembre 2026, Institut du monde arabe, Paris (dans le cadre de la Paris Design Week)
Exposition des projets finalistes : du 3 au 20 septembre 2026, à l’IMA, ouverte au public