« J’ai toujours été étonné de voir de grandes maisons marocaines sans un seul tapis amazigh, alors que les gens se les arrachent à l’étranger. » Karim Wallbaum parle d’expérience. Son père, allemand, a exporté pendant plus de 40 ans des tapis marocains vers l’Europe. À l’époque, le savoir-faire se pliait à la demande : il s’agissait d’épurer les designs, d’adapter un artisanat millénaire aux codes esthétiques occidentaux. C’était bien avant que le monde entier ne s’arrache les beni ouarain, ces tapis haute laine qui ornent depuis des années les intérieurs scandinaves, les lofts new-yorkais et autres appartements parisiens.
Au Maroc pourtant, l’engouement pour ces tapis artisanaux reste timide. Une aberration pour Karim, qui décide de reprendre le flambeau de l’entreprise familiale en opérant un renversement radical : exit la primauté à l’export, sa nouvelle marque visera avant tout une clientèle marocaine.
Mais l’équation est délicate : comment moderniser sans trahir ? Comment séduire une clientèle urbaine et cosmopolite sans renier les gestes ancestraux des tisserandes ? Naturug répond par l’équilibre, en misant sur une esthétique contemporaine qui ne renie jamais sa source.
Conçus pour durer
Finitions soignées, designs épurés mais jamais froids, et offre totalement flexible : dimension, couleurs, hauteur de laine, bordures, tout peut être réalisé sur-mesure.
Une constante cependant, à laquelle Karim tient : le nœud triple, donc trois fils au lieu de deux pour former chaque point de nouage, là où le marché privilégie généralement le nœud double.
La différence peut sembler minime, mais elle ne l’est pas : la matière gagne en densité, en confort, en solidité… et le tapis dépasse alors le simple objet de décoration pour traverser les générations.
« D’ailleurs, les gens ne le savent pas forcément, mais contrairement aux tapis industriels, le tapis marocain se répare. Il vieillit, mais il peut être restauré, réinventé », souligne Karim. Un enjeu de durabilité et de transmission, au cœur de toute démarche artisanale.