Odyssée sensorielle

Au Royal Mansour Tamuda Bay, un médi-spa où le ciel épouse l'eau et le temps s'étire.

Le premier médi-spa d’Afrique fait le pari de la retenue. Pour ce projet qui s’étend sur 4300 m2, Inge Moore et Nathan Hutchin, architectes d’intérieur et cofondateurs de Muza Lab, ont préféré la délicatesse à la démesure, l’intimité à l’ostentation. Leur création dialogue avec trois éléments tutélaires : la mer d’Alboran qui caresse le rivage, les jardins méditerranéens qui embaument les lieux, et la lune qui règne sur les marées. « Un lieu pensé pour les thalassophiles » en somme, ceux pour qui l’eau n’est pas un décor, mais une nécessité vitale.

La Vitality Pool, une des piscines intérieures, et des détails de matériaux.

Niché en contrebas, à l’écart de l’effervescence du littoral, le spa parvient paradoxalement à échapper à toute sensation d’enfermement. Inge Moore en révèle le secret : « Nous avons introduit la lumière naturelle par des verrières et des puits de lumière, de sorte que même les zones les plus privées restent ouvertes et respirantes. Le regard se tourne vers le ciel plutôt que vers l’extérieur. » Dans cet espace lumineux conçu comme un labyrinthe, chaque déambulation est une invitation au ralentissement. « Le spa est pensé comme une succession d’espaces qui se dévoilent : des couloirs qui s’ouvrent sur des bassins, des salles de soins, des patios, explique Nathan Hutchins. Le lieu se révèle à ceux qui prennent le temps. »

Au centre, la Quiet Pool, où les architectes ont fait de la lune bien plus qu’un thème décoratif. « Nous étions fascinés par l’influence de la lune sur les marées et les énergies. Le spa est rempli d’eau, alors nous nous sommes demandé : et si la lune devenait un élément central ? » revient Inge Moore. L’astre nocturne sera symboliquement représenté par un grand luminaire suspendu sur l’eau. 

Et pour prolonger l’expérience, le duo a joué des matériaux. « Le sol est posé en mosaïque en forme de pétales. C’est subtil, mais cela donne l’impression de marcher sur un tapis de fleurs », détaille l’architecte d’intérieur. « Tout possède une qualité minérale, une douceur. Rien n’est plat : chaque surface a une présence. » Comme ces milliers de coquillages du rivage qui s’invitent en mosaïques monumentales dès le lobby de l’hôtel, jusqu’à devenir une part essentielle de l’identité des lieux.

La salle de relaxation donnant sur le jardin.

Cette dimension artisanale et territoriale est au cœur du projet, au point que chaque texture, qu’il s’agisse du plâtre, de la pierre ou du bois, porte une empreinte humaine, un savoir-faire local. Derrière cette partition sensorielle, un vœu que formule Inge Moore : « J’aimerais que les visiteurs se sentent restaurés, pas seulement physiquement, mais aussi émotionnellement. Le lieu est calme, texturé, profondément ancré. » Une ambition qui ne sacrifie rien à la fonctionnalité du spa, médicalement irréprochable. « Le spa n’est pas uniquement dédié à la détente, il intègre aussi une dimension semi-médicalisée. Le design devait soutenir une approche axée sur la longévité, sans jamais devenir clinique », précise Nathan Hutchins. Cet équilibre entre performance médicale et enveloppement sensoriel constitue l’une des réussites majeures du projet qui n’a finalement qu’un objectif : vous créer du souvenir.

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.