Fatine Arafati, hors-série

Du popcorn à Charlemagne, l'artiste explore les sujets à l'instinct, loin des effets de mode. Une liberté qu'elle porte comme un manifeste.

C’est à Casablanca, au milieu de céramiques en attente de cuisson et de toiles froissées volontairement, que Fatine Arafati nous accueille. L’artiste de 30 ans parle vite, anticipe les questions, et manie aussi bien l’hagiographie de Saint-Georges que la symbolique chromatique.

Mea culpa, acrylique sur toile, 80 x 70 cm, 2025. « Tout le travail d’Hercule au Maroc étant inutile, je l’ai imaginé plein de regrets. »

Sa dernière création ? Un vase en céramique monté au colombin, cette technique ancestrale où la terre est roulée en boudins, posée couche par couche. Elle délègue la cuisson et s’en excuse presque, précisant qu’elle ne se définit pas comme céramiste, mais comme sculptrice. « Je n’ai pas un rendu parfait, et n’y prétends pas. L’artisanat est un patrimoine très riche qui, pour moi, n’appartient qu’aux grands maîtres. » Pourtant, la terre, elle la travaille depuis longtemps, parallèlement à la peinture.

Qui a dit que bleu et vert ne se mariaient pas ? Un hommage à ses parents, en toile froissée. 2025.

Tout a commencé par le popcorn, thème qui la suit depuis ses études aux Beaux-Arts de Barcelone. Sous son pinceau ou en volume, l’aliment devient figure sacrée.

Le sous-texte est politique : dans sa démarche, pas de hiérarchie entre les sujets, les individus, les choses. Encore moins entre les couleurs. L’artiste prend un malin plaisir à marier le bleu et le vert, une association longtemps considérée de mauvais goût en Occident. « Le bleu était la couleur des ouvriers (bleu de travail) et le vert celle des bourgeois, car c’était un pigment synthétique très cher. Selon les théoriciens, elles sont aussi trop proches dans le cercle chromatique pour aller ensemble. Je refuse cette séparation, sourit-elle. Dans d’autres parties du monde, ces couleurs s’assemblent très bien. »

Charlemagne imberbe, acrylique sur toile, 110 x 130 cm, 2024. L’artiste décortique ici l’esthétique du pouvoir autour de Charlemagne. Toujours représenté avec une longue barbe, il était en réalité imberbe.

Une horizontalité de traitement qui arrange bien son insatiable curiosité, elle qui revendique des thématiques changeantes, loin de la linéarité des séries. « Pour moi, le sujet n’est pas si important, c’est la manière de l’aborder. Par exemple, j’adore l’éloge en littérature, comme quand Francis Ponge fait l’éloge du savon. Il faut savoir défendre n’importe quel thème. »

Reverse, peinture à l’huile, 80 x 100 cm, 2021. Pas de hiérarchie entre les sujets : les figures historiques se mêlent au popcorn, ou l’inverse.

De Charlemagne à Hercule, de Saint-Georges à Juba II, un fil rouge se dessine : depuis quelques années, c’est la fabrique du héros qui l’interpelle. Fatine Arafati décortique, non sans humour, les récits d’épopées vaseuses, les mythes à géographie variable. Et dans ce jeu à choix multiple, elle est tour à tour historienne, archéologue, mythologue, mais surtout elle-même : « Ce n’est pas parce qu’un sujet m’est étranger qu’il m’est interdit. »

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.