Cette 40e édition organisée par le Conseil national de l’Ordre des architectes (CNOA) vient questionner les lignes de fracture entre public et privé. Le thème choisi, « Synergie entre l’architecte du secteur public et l’architecte du secteur privé, au cœur d’un développement territorial durable », résonne comme un manifeste.
Après une édition 2025 centrée sur le climat, le CNOA place cette année le curseur sur l’urgence d’un développement territorial concerté, au moment où le Royaume accélère ses grands chantiers et où la réduction des disparités est inscrite au rang de priorité nationale.
L’architecture comme acte citoyen
Devant la salle comble au Mazagan, Chakib Benabdellah, président du CNOA, contextualise d’emblée : « Le thème s’inscrit dans la vision royale, et il n’est pas fortuit : il s’impose plus que jamais. La synergie entre architectes du secteur public et du secteur privé est un levier essentiel pour un développement territorial équitable. »
Et de convoquer le discours royal du 10 octobre 2025, qui place la justice sociale et la réduction des disparités territoriales au cœur de l’action publique. Benadellah insiste dans ce sens sur « le rôle citoyen face aux défis territoriaux » que doivent avoir les architectes. « Architecte est un métier, mais aussi une vocation patriotique et humaniste », rappelle le président du conseil, exhortant à transcender les clivages entre secteurs public et privé pour converger vers l’intérêt général.

Said Bendahou, président du Conseil régional de l’Ordre des architectes Doukkala-Abda, région Marrakech-Safi et province d’El Jadida, souligne lui aussi cette nécessité de travailler main dans la main, notamment dans le rural.
« Dans chaque région, les diagnostics de terrain traduisent des besoins exprimés par les habitants : écoles, centres de santé, logements, espaces publics… Ces équipements doivent être pensés avec les citoyens, en intégrant leur mode de vie, leurs pratiques culturelles, leur empreinte climatique, explique-t-il. Une telle architecture participative permet une meilleure durabilité des infrastructures, la réduction des conflits et le renforcement du lien social. »
Un plaidoyer pour une pratique ancrée dans le réel, et des dynamiques plus horizontales. « Les citoyens ruraux ne sont pas de simples bénéficiaires, ce sont des acteurs du développement. Ils doivent être associés à la construction », martèle l’architecte, appelant à bâtir « des territoires de démocratie locale, d’innovation sociale et d’avenir partagé ».
Un héritage qui oblige
La Journée de l’architecte commémore chaque année le discours fondateur prononcé par Hassan II le 14 janvier 1986, texte dans lequel le souverain définissait l’architecte comme un acteur central du développement national. Ce jour-là, il appelait à concevoir des espaces respectueux des aspirations sociétales marocaines, tout en préservant l’identité culturelle. Ce même discours annonçait la création de l’Ordre des architectes et posait les bases d’une législation structurante pour la profession.
Quarante ans plus tard, ces mots résonnent encore, et l’engagement demeure : ils sont des centaines de professionnels — architectes, urbanistes, promoteurs, acteurs publics — à avoir fait le déplacement à El Jadida, réaffirmant la volonté de porter cette vision, de la faire vivre dans chaque projet, chaque territoire.