Le goût du lien

À Marrakech, trois associés font d'un ancien riad le point d'ancrage d'un mouvement qui voit grand, entre culture, gastronomie et hospitalité.

Photos David Dumon

Le patio central du riad : deux niveaux de galeries en arcs, balcons en bois ouvragé, zellige en damier vert et blanc, banquettes arrondies, palmiers et œuvre d’Amina Benbouchta.

Deux riads fusionnés en un, nichés dans la médina de Marrakech. Laïla Skalli, Réda Berrehili et Javier Cedillo-Espin les ont trouvés déjà épuisés, commençant à ressembler à tous les autres. Derrière le projet, Dar Society : une marque d’hospitalité culturelle née à Paris autour de tables gastronomiques, de chefs étoilés invités à réfléchir à la cuisine marocaine, d’entrepreneurs, d’artistes et de voyageurs rassemblés autour d’un repas.

Vue plongeante sur le patio : fontaine en pierre sculptée au centre, zellige qui irradie, coussins bordeaux disposés en cercle. L’âme du riad, d’un seul regard.

Ce mouvement, ils l’ont appelé Mida. « La nourriture, c’est une occasion de rassembler les gens », dit Javier. Ce mouvement itinérant cherchait un ancrage. Il l’a trouvé : le 14 janvier 2026, le Riad Dar des Arts ouvrait ses portes dans le sud de la médina.

Le café Ben Ali, tables rondes en fer forgé, carreaux de zellige. Premier espace que l’on traverse en arrivant.

Rien ne signale la maison depuis la ruelle. Une porte discrète, puis le patio végétalisé qui s’ouvre doucement. On s’y installe, on commande un café, on prend le temps. Face à soi, les toiles de Margaux Derhy. Le check-in peut attendre.

Le salon principal, canapé en velours vert, coussins signés Wissada, œuvre de Margaux Derhy.

La maison puise son âme dans une légende transmise par les anciens propriétaires : celle de Youssef Ben Ali, marchand d’art qui enseignait à ses sept filles les secrets de la culture et de l’hospitalité. En hommage, les treize chambres du riad célèbrent chacune une discipline artistique : la danse, la peinture, la calligraphie, le tissage, la céramique, la musique, la sculpture…

La salle Mida dressée pour le dîner, baptisée comme le mouvement culinaire itinérant qui a donné naissance à Dar Society.
Art de la table signé Maison Rinceau.

La transformation du lieu a commencé par un chantier de fond. Murs non droits, plafonds inégaux, fondations centenaires : rien n’était simple. L’équipe a tout repris : structure, électricité, orientations des chambres, pour gagner de la lumière et libérer les murs. C’est là que Margaux Derhy est entrée en scène. Née d’un père marocain et d’une mère française, formée à Central Saint Martins et au Royal College of Art, elle est artiste avant d’être curatrice. Elle a visité le riad en travaux, imaginé les œuvres dans les espaces vides, et réuni Amina Benbouchta, Kamil Bouzoubaa-Grivel, Ismail Boukarkour, Karim Barka et Sara Benabdallah autour d’une collection inaugurale.

Une chambre aux matières naturelles, palette sable et brun, banc en bois brut, linge tissé. En bas à gauche. Chambre aux tons ocre doux, mural en trait de dessin représentant une figure féminine, fresque de Mouna Moumni.

Mouna Moumni a peint les fresques de certaines chambres. Le mobilier et les objets décoratifs complètent un intérieur où l’artisanat marocain tient le premier rôle : zellige, plâtre travaillé à la main, broderie ancestrale. Une pièce en céramique de Saad Filali habite l’une des chambres.
Un tiers de tradition, un tiers de confort, un tiers d’art contemporain. L’équilibre est tenu. Et Ben Ali donne son nom au café qui accueille chaque arrivant. « Ici, tu es un vrai invité », assure Javier. Ailleurs, d’autres adresses suivront.

Un salon de suite sous un plafond de zellige en coupole à rinceaux. Les fresques botaniques de Mouna Moumni habillent les murs. Canapé arrondi en velours rose poudré, tapis berbère vert mousse. L’artisanat marocain — zellige, plâtre travaillé à la main, broderie ancestrale — tient ici le premier rôle.

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.