Par Anaïs Fa
Photos DR
« Je pense à l’artisan·e avant de penser à la pièce qui va être produite. » En ce jour d’ouverture de la 61e Biennale de Venise, Amina Agueznay, qui s’y dédie intégralement depuis dix mois, n’en démord pas : « Ce n’est pas l’objet qui m’intéresse, c’est la personne. » Son projet Asetta (« tissage » en amazigh) a été dévoilé début mai et reste visible jusqu’au 22 novembre 2026 à l’Arsenal. Pas d’excuse donc pour ne pas aller admirer (et soutenir) le travail titanesque réalisé par l’artiste… et ses 166 collaborateurs. Accompagnée de très près par la curatrice Meriem Berrada avec qui elle a commencé à travailler en 2018, l’artiste déploie, sur les 300 m2 de la Sala de Artiglieri, 150 bandes de laine (de 30 cm de large et 7 m de haut, excusez du peu), tissées par les soins d’artisanes marocaines.
@ Ayoub El Bardii
La curatrice Meriem Berrada et l’artiste Amina Agueznay se sont entourées de 166 collaborateurs pour ce projet titanesque.
« Cette laine que vous voyez a été achetée à Salé, puis envoyée dans le Moyen-Atlas, la région de Souss-Massa et l’Oriental pour y être tissée, avant de se voir dispatchée à travers le Maroc pour être brodée, teinte, perlée… ce voyage de la laine, c’est un véritable ballet », s’enthousiasme Agueznay, ravie de voir enfin cette
« matière vivante » se déployer au sein de la manifestation d’art contemporain la plus courue au monde. Elle est la première artiste marocaine à y représenter son pays. Ce que le visiteur ne sait pas en pénétrant l’imposante salle aux murs de briques, c’est qu’il aura fallu produire 300 bandes de laine et les assembler dans un lieu-test à Marrakech, avant de sélectionner celles qui sont visibles à Venise aujourd’hui.
@ Matteo Losurdo/Ministère de la Culture
La scénographie tout en verticalité du Pavillon Marocain, conçue par le studio Cookies Architecture.
Des médiateurs présents sur place vous renseignent, mais l’heure tourne et il faut déjà se diriger vers le centre-ville pour profiter de cette journée express. Passez tout de même une tête aux pavillons du Sultanat d’Oman, d’Inde et d’Irlande voisins, puis cap sur les fondations qui marquent cette édition.
mpossible de tout faire, il faut donc choisir : la Fondation Dries Van Noten qui vient d’ouvrir ses portes, pour les amoureux du créateur belge et de l’artisanat (réservation fortement conseillée), l’exposition Canicula de la Fondazione In Between Art Film pour ceux qui aiment les films expérimentaux (mention spéciale pour la scénographie digne d’une boîte de nuit berlinoise), ou plus classique, la Punta della Dogana (Fondation Pinault), pour ceux qui n’ont pas peur d’être transcendés (Lorna Simpson, Paulo Nazareth). Si vous optez pour cette dernière, le tips ultime : embarquer sur la gondole à 2€ qui vous y emmène directement depuis la Piazza San Marco. Et pour les plus motivés qui souhaitent suivre la piste marocaine jusqu’au bout, direction les Giardini pour visiter le Pavillon français, réalisé par l’artiste franco-marocaine Yto Barrada, à qui l’on doit notamment la Cinémathèque de Tanger ou encore The Mothership, une résidence d’artistes en périphérie de la ville du détroit. Son projet Comme Saturne invite à découvrir l’état de ses recherches actuelles, entre réflexions sur la filiation, sur la théorie des couleurs et sur les plantes tinctoriales. Pour cette 61e édition de la Biennale, le Maroc réalise ainsi un très beau doublé, féminin de surcroît.