Kasbah d’If, le temps retrouvé

Ouverte à l'automne dernier après vingt-deux ans de chantier, la Kasbah d’If a cette aura historique des lieux qui ont toujours existé.

Photos Cécile tréal

Pendant plus de quinze ans, l’ancien propriétaire Mohamed Ifkiren a travaillé à ériger cet édifice traditionnel. La Kasbah d’If lui devait bien son nom.

Ceux qui empruntent la route d’Amizmiz la connaissent bien. Depuis des années, les voyageurs ralentissent en apercevant la silhouette massive de cette kasbah perchée sur une colline, entre l’immensité du désert d’Agafay et les crêtes enneigées de l’Atlas. Un édifice qui semble hors du temps, et pourtant… Derrière ses murs de pisé, une histoire peu ordinaire.

Les moindres détails architecturaux s’inspirent des grandes kasbahs du Sud, notamment celle d’Aït Benhaddou.

Tout commence avec un homme, Mohamed Ifkiren. Né à Tinghir et devenu journaliste en France, puis en Belgique, un rêve le poursuit : rentrer au pays pour construire une kasbah comme celle de son enfance.

L’entreprise est colossale, et les recherches commencent. Elles iront jusqu’aux archives du Vatican, où des moines avaient consigné les techniques de construction des kasbahs.

La piscine à débordement avec vue sur le désert d’Agafay. Au second plan, le Pavillon d’été, un des trois restaurants de l’hôtel.

Sur cette colline de la région de Marrakech, il réunit des maâlems qui ont restauré celle d’Aït Benhaddou et, pendant seize ans, une centaine d’artisans se succèdent sur le chantier. « La kasbah était construite aux trois quarts quand nous l’avons visitée », se souvient Pierre, l’actuel maître des lieux.

C’est la rencontre avec ce nouveau propriétaire, un Français de l’industrie de la presse, et son épouse Nadia, qui donne à l’histoire son second souffle.

Déjà à l’origine du Riad Ilayka dans la médina de Marrakech, le couple découvre la kasbah quelques semaines avant le Covid, et Mohamed Ifkiren trouve enfin des repreneurs à la hauteur de son rêve.

Roche sculptée, tadelakt, tataoui et objets chinés sur la route des kasbahs : dès le lobby, le ton est donné.

La reprise du chantier, dans les conditions particulières du confinement, prend des allures de roman. Ifkiren s’installe chez ses nouveaux amis, partage leur quotidien pendant près d’un an, leur transmet des éléments de culture amazighe, dont les symboles ornent murs et sols aujourd’hui, et l’âme du lieu.

 Le British Berbère Bar mixe les influences dans une atmosphère feutrée.

Pour relever ce défi vertigineux, cent cinquante maâlems cohabitent avec des ingénieurs. Les murs, épais de 1,5 mètre, régulent naturellement la température. 

L’eau est collectée et osmosée sur place. Pas moins de 1900 camions de roche sont extraits du sol pour creuser le spa, que l’architecte Idriss Karnachi a relié à la kasbah par un tunnel suivant naturellement une veine du rocher.

L’hôtel classé cinq étoiles est pensé comme « une maison de partage », où le luxe ne doit surtout pas être ostentatoire. Ici, le patio central.

Le tremblement de terre de 2023, dont l’épicentre se trouvait à quinze kilomètres de là, a mis l’édifice de 11 000 m2 à l’épreuve. « Mais la kasbah était encore debout, fière sur sa colline. C’était un bon test. »

Côté décoration, une règle s’est imposée : que chaque objet provienne ou s’inspire de la route des kasbahs, cet axe commercial qui reliait le Moyen-Orient à Tombouctou. 

Une des suites, où le mobilier réalisé par Mustapha Blaoui côtoie des objets chinés.

Nattes de Mauritanie sur les consoles, colliers de Taroudant dans les chambres, céramiques de Skoura un peu partout… l’ensemble compose une collection chinée pendant six ans, à laquelle s’ajoutent des meubles conçus par Mustapha Blaoui.

Et pour que la magie de l’ancien soit totale, du sol au plafond, les matériaux ont été patinés aussi longtemps que nécessaire. « Quand le rendu était trop brillant, trop neuf, on reprenait tout», sourit Pierre.

Un mois de travail par salle de bain pour chacune des 37 chambres a été nécessaire pour obtenir ce rendu de marbre qui file de mur en mur.

De l’extérieur, cet hôtel 5 étoiles au luxe discret devait se fondre dans le paysage. Pari réussi : avec des matériaux de construction sourcés sur place, la bâtisse semble sortir de terre.

Son orientation, minutieusement calculée, prolonge le spectacle. La piscine à débordement offre une vue imprenable sur le désert d’Agafay au coucher du soleil, tandis que l’Atlas, visible depuis chaque chambre, encadre le lever du jour. Entre les deux, le temps suspend son cours.

Kasbah d’If

Route d’Amizmiz, km 27,  Tamesloht, Désert d’Agafay

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.