L’artiste dans son atelier au Jardin Rouge.
Les pierres sont là, toujours. Quand elle ne les porte pas comme des talismans, Hasnae El Ouarga les convoque dans l’intimité de son atelier au Jardin Rouge, la résidence d’artistes de la Fondation Montresso. Diplômée de l’ESAV Marrakech, la jeune photographe explore depuis quelques années le cyanotype, un procédé qui remonte au XIXe siècle. Ce sont des roches, mémoires minérales du temps long, qu’elle dépose sur papier photosensible exposé à la lumière naturelle. La pierre laisse alors une empreinte sur le support, et durant ce processus d’impression, l’artiste orchestre autant qu’elle se retire, car l’accidentel a toute sa place.
Première étape : le cyanotype.
Il révèle des réminiscences inattendues, scelle l’insaisissable : les visions hypnagogiques du réveil, des fragments oniriques que l’argentique seul ne suffit pas à fixer. « Je recherche l’accidentel pour essayer de le maîtriser », résume-t-elle. Car c’est là que tout commence pour Hasnae El Ouarga. Dans cette limite du medium photographique face à l’image mentale, dans cette nécessité d’adjoindre la matière, le temps et le hasard pour approcher sa vision. La matière, c’est le cuivre et le laiton ajoutés, le temps, celui de l’oxydation. Une manière de questionner le temps de la création et celui qui passe, et de sonder ce qu’elle nomme « les surfaces multiples de l’image construite ».
Ajout de matière comme du laiton ou du cuivre.
Car ses photogrammes ne sont pas des images au sens conventionnel : ce sont des seuils, des intervalles entre visible et invisible, entre mémoire vécue et mémoire enfouie. Techniquement parlant, c’est aussi
« une envie de pouvoir continuer à créer des images de manière traditionnelle, de prendre le temps de la recherche, le temps de l’oxydation, de la création » dans un monde saturé d’images instantanées.
Le temps de l’oxydation a fait son œuvre.
Une démarche où la pierre joue le rôle de medium, au sens presque spirite du terme : elle convoque des histoires oubliées, des strates temporelles que l’oxydation rend peu à peu perceptibles. Et dans les formes organiques qui émergent, souvent, des cartographies célestes. Un cosmos intime qui s’expose désormais à l’international : les œuvres de cette artiste – à suivre – de 32 ans ont voyagé de New York à Paris en passant par Marrakech, et font partie de collections prestigieuses, dont celles de Dior et Rockefeller.