Du 9 mai au 22 novembre 2026, la Salle des Artiglierie accueille Asǝṭṭa, une installation monumentale de l’artiste casablancaise Amina Agueznay, en duo avec la curatrice Meriem Berrada. Le mot, en amazigh, désigne un tissage rituel. Il dit déjà tout : ici, on noue des fils, entre les générations, entre les territoires.
Un pavillon ancré dans la matière et le geste
Amina Agueznay, architecte de formation revenue au Maroc après une décennie aux États-Unis, est une figure singulière de la création contemporaine. Depuis plus de vingt ans, elle arpente les régions du Royaume, rencontrant tisserandes, brodeuses, bijoutiers, maîtres artisans, pour faire de ces savoir-faire vernaculaires la matière première d’une œuvre à grande échelle. Ses précédentes installations, Noise, Curriculum Vitae ou Fieldworks, l’ont imposée dans des institutions aussi diverses que le Centre Pompidou-Metz, le Mucem ou la Ford Foundation à New York.
Pour Venise, elle imagine Asǝṭṭa comme une seconde peau pour la Salle des Artiglierie : une œuvre qui laisse affleurer des strates de temps, des fragments de récits intimes, des mémoires transmises de main en main. Au cœur du projet, la notion de âatba, à savoir le seuil, ce passage entre l’intérieur et l’extérieur, le sacré et le profane, si présent dans l’architecture traditionnelle marocaine. Un espace de transition, chargé de rituels, que l’artiste transforme en lieu habité et vivant.
« Une archéologie vivante »
Meriem Berrada et Amina Agueznay © Ayoub El Bardii
À ses côtés, Meriem Berrada, directrice artistique du MACAAL à Marrakech et lauréate du MoMA/CCL International Curatorial Institute, signe un projet curatorial qui refuse toute folklorisation. Les artisans et détenteurs de savoir-faire ne sont pas convoqués comme décor ou curiosité, mais comme « personnes-ressources », pour reprendre ses propres mots : des témoins vivants d’une transmission active, dont la pratique est « activée comme langage, comme pensée en acte ».
Le projet Asǝṭṭa ne muséifie pas, il dialogue, plaçant le geste artisanal dans l’espace du contemporain sans le dénaturer, révélant ce que la grande histoire de l’art a trop longtemps relégué en note de bas de page.
« In Minor Keys »
Le thème de cette 61ᵉ édition, In Minor Keys (les notes mineures), choisi par la directrice artistique Koyo Kouoh, tombe à pic pour un pavillon qui fait précisément le pari de l’écoute discrète, des récits qui circulent sous les radars. Le commissaire général Mohammed Benyaacoub en résume l’ambition en une formule : « Nouer les fils de la tradition et de l’innovation, tisser des liens entre les récits et les mémoires. »