Mehdi-Georges Lahlou, Totem au palmier-dattier – De la conférence des palmiers, 2026. Grès (céramique), émaux, laine, peinture acrylique, éléments divers. Environ 125 x 90 x 90 cm (+ socle). Pièce unique, Courtesy Loft Art Gallery (Casablanca, Marrakech)
C’est une rencontre qui a mis vingt ans à se faire. Français et Marocain né aux Sables-d’Olonne en 1983, ayant grandi à Casablanca de ses huit à quatorze ans, Mehdi-Georges n’avait jamais été représenté par une galerie marocaine. C’est chose faite avec Loft Art Gallery, qui présentait son travail lors de la dernière édition de 1-54 à La Mamounia, au sein du booth Crossings et à travers une installation en extérieur dans les jardins du palace.
Auparavant, son travail avait été montré au Maroc à plusieurs reprises, notamment en solo à l’Institut français de Casablanca en 2012, lors de l’inauguration du Musée Mohammed VI en 2014 et durant l’exposition collective Material Insanity au Macaal en 2019.
Mehdi-Georges Lahlou, Oiseaux de paradis – Totem Ailes de Papillon, 2026. Faïence (céramique), émaux, fleurs d’oiseaux de paradis séchées (Strelitzia). Environ 108 x 30 x 30 cm (+ socle). Pièce unique, Courtesy Loft Art Gallery (Casablanca, Marrakech)
« Je suis dans une mouvance, confie l’artiste. Intégrer cette galerie, c’était pour moi aussi me redévelopper, revoir dans ma pratique, dans mes matières, ce que je pourrais utiliser à ma manière sur le territoire marocain ».
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Son parcours est singulier. Formé comme danseur avant d’intégrer les Beaux-Arts de Nantes puis d’obtenir un PhD en art aux Pays-Bas en 2010, Mehdi-Georges a construit sa carrière entre Bruxelles et Paris, soutenu par la scène belge et son héritage surréaliste.
Son travail — performance, photographie, sculpture, installation, mise en scène — a toujours interrogé les questions d’identité et de présence postcoloniale du corps.
Mehdi-Georges Lahlou, De la conférence des palmiers – Palmier-dattier, 2026 Grès (céramique), émaux, laine, encre de Chine rouge, éléments divers. Environ 80 x 50 x 50 cm (mural). Pièce unique, Courtesy Loft Art Gallery (Casablanca, Marrakech)
Depuis quatre ans, une nouvelle série habite son œuvre : La Conférence des palmiers. Le titre dialogue avec le célèbre traité soufi d’Attar, La Conférence des oiseaux, où 70 000 oiseaux partent à la recherche du guide spirituel et où seuls 70 arrivent au terme du voyage.
« L’oiseau migre seul, explique Mehdi-Georges. J’avais besoin d’un élément dont la migration était accompagnée par autrui, par la nature. »
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Le palmier s’est imposé. Plante et non arbre, présent sur Terre depuis cent millions d’années, déplacé par les hommes et d’autres éléments à travers les continents jusqu’à devenir, en quelques millénaires à peine, partie intégrante de paysages qu’il n’a jamais connus originellement.
« On oublie même d’où vient le palmier et d’où il a été apporté. Un peu comme les êtres humains, qui se déplacent, qui recréent un autre décor, et qui s’intègrent tellement que ça devient partie du patrimoine. »
Mehdi-Georges Lahlou. De la conférence des palmiers – Palmier-dattier, 2026. Grès (céramique), émaux, laine, encre de Chine rouge, éléments divers. Environ 80 x 50 x 50 cm (mural). Pièce unique, Courtesy Loft Art Gallery (Casablanca, Marrakech)
L’artiste tisse des correspondances entre la botanique et le corps humain : le stipe du palmier comme colonne vertébrale, les palmes comme des mains, les dattes comme des doigts.
Ses sculptures — totems où se mêlent bustes à son effigie et formes végétales — célèbrent cette hybridation. Le buste, qu’il utilise depuis 2012, n’est plus autoportrait mais « canevas », surface de travail où le visage devient chimère, tronc d’arbre, structure accueillant des dattes.
« Mon père est bijoutier, glisse-t-il. La beauté fait partie de mon travail, et je n’ai pas honte de le dire. »
Des œuvres qui séduisent d’abord par leur esthétique, palmiers dorés, céramiques ornées, avant de révéler leur charge politique et poétique.