Patricia Urquiola : « Le meuble doit accompagner la vie »

Directrice artistique de Cassina depuis dix ans, Patricia Urquiola revient sur son parcours. Les collections sont à découvrir chez Fenêtre sur cour.

Quels moments clés ont jalonné votre parcours jusqu’à la direction artistique de Cassina ?
Ce ne sont pas des moments. C’est le temps. Travailler avec Cassina m’a fait passer de la conception d’objets au soin des relations, entre l’histoire et le présent, entre l’industrie et la culture, entre la forme et la responsabilité. Devenir directrice artistique, c’est apprendre à écouter davantage.

En 1965, Cassina industrialisait pour la première fois le mobilier de Le Corbusier, Jeanneret et Perriand. Soixante ans plus tard, que nous dit encore cette collection sur notre façon d’habiter ?
Que l’habitat est flexible. Que le corps passe en premier. Que l’espace doit s’adapter, non s’imposer. Ces pièces étaient modernes parce qu’elles laissaient place à l’usage. Elles le restent, non par leur forme, mais parce qu’elles acceptent le changement.

Avec Staging Modernity, Formafantasma proposait une lecture critique du modernisme. Comment recevez-vous ce regard sur un héritage que vous portez au quotidien ?
Je m’en sens proche. Le modernisme n’a jamais été propre ni simple. Il était traversé de tensions, à la fois rationnel et émotionnel, industriel et organique, entre contrôle et intuition. Le lire de manière critique, ce n’est pas le rejeter. C’est le maintenir vivant.

Cette année, vous présentez le lit Mon-Nid, le fauteuil Back-Wing et l’extension du canapé Dudet Bold. Quel fil relie ces pièces dans votre travail actuel ?
L’idée d’abri. Accueillir le corps. Un mobilier qui protège, mais laisse place au mouvement, au changement, à la respiration.

 

 
 
 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Une publication partagée par Cassina (@cassinaofficial)

Les éditions anniversaire de la collection Le Corbusier, Jeanneret et Perriand utilisent des matériaux circulaires. Comment cette contrainte transforme-t-elle concrètement votre processus de conception ?
Elle oblige à penser en amont. Avant la forme. Avant le style. On part de la matière, de ses conséquences. La circularité n’est pas une solution, c’est une question qui reste ouverte tout au long du projet.

Nos intérieurs deviennent plus hybrides, plus fluides. Comment cette évolution façonne-t-elle les collections Cassina aujourd’hui ?
Les espaces ne sont plus définis par une seule fonction. Nous concevons pour des usages qui se croisent. Le meuble doit accompagner la vie. Accepter l’ambiguïté.

Vous avez souvent travaillé avec l’artisanat. Quels territoires ou traditions vous attirent aujourd’hui ?
Ce qui m’intéresse, c’est le savoir, pas la nostalgie. Les lieux où faire implique encore le temps, l’erreur, l’adaptation. L’artisanat comme manière de penser, non comme image.

Le Maroc possède une culture matérielle très riche : tissage, zellige, travail du cuir. Est-ce un territoire que vous aimeriez explorer un jour ?
Oui, en prenant le temps. Le Maroc entretient un rapport profond à la matière et au rythme, une culture dans laquelle on entre par la collaboration et l’écoute.

 

 

 
 
 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Une publication partagée par Maisons du Maroc (@maisons_du_maroc)

 

Inscription à la Newsletter

Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.