L’horizon retrouvé

À Essaouira, en bord de remparts, Sabine Mercier et Ahmed Adallouch ont transformé un riad fermé sur lui-même en maison tournée vers l'océan.

Crédit photo Cécile Tréal

L’océan était là, derrière les murs. On ne le voyait pas. C’est le premier constat que Sabine Mercier et Ahmed Adallouch ont dressé en poussant la porte de ce riad enclavé dans la Médina d’Essaouira, à quelques mètres des remparts. Soixante-dix mètres carrés répartis sur quatre niveaux, des pièces sombres, des fenêtres minuscules… « C’était une boîte pleine d’humidité et sans lumière », résume Sabine Mercier. La commande était simple dans son énoncé, complexe dans son exécution.

Sous les poutres et les briques de récupération montées jusqu’à la terrasse, une banquette haute et une méridienne chinée captent la lumière et la vue par de larges baies. À droite, la balustrade en bois tourné borde le patio.

La première décision a été prise d’un commun accord : ouvrir sur la mer. L’architecte d’intérieur, qui s’est installée à Essaouira il y a plus de vingt ans après une traversée de l’Atlantique en voilier, et l’artiste-entrepreneur, dont la sensibilité s’est formée entre une brocante et des chantiers, se connaissent depuis deux décennies. Leur collaboration a commencé sur des finitions, des patines, des tableaux, avant de s’étendre à des chantiers complets. Sur ce riad, les rôles se sont répartis naturellement : Sabine tient la conception et le dessin, Ahmed prend en charge l’exécution et la chine. Mais la frontière est poreuse. « On a conçu le plan en dialogue. 

Dans le salon, fauteuils pivotants et canapé Togo chiné côtoient des tables gigognes en bois brut. Au sol, le patchwork de carreaux d’origine, rouges et patinés, et de carreaux neufs aux bordures colorées est devenu un parti pris.

Puis c’est Ahmed qui a chiné des vieilles portes, et ça a redessiné des espaces entiers. »
Les portes et fenêtres sont toutes de récupération, chinées dans les joutias et sur les chantiers de démolition.

Autour du patio, l’affiche chinée et le zellige bleu donnent le ton d’un décor entièrement composé de récupération. Le jeu de briques vient déjouer l’humidité.

C’est en grattant les murs qu’Ahmed a mesuré l’ampleur du problème d’humidité, bien au-delà de ce que les propriétaires avaient perçu lors de l’achat. Le sol a été entièrement repris avec une étanchéité, les cloisons des placards doublées de bois avec vide d’air pour laisser l’air circuler d’un côté à l’autre. Le sol du salon, lui, mêle carreaux d’origine rouges et patinés et carreaux neufs aux bordures colorées : impossible de retrouver les mêmes teintes, le patchwork est devenu un parti pris. Les briques de récupération, montées du rez-de-chaussée jusqu’à la terrasse, forment un mur à la fois décoratif et technique. Les parois habillées de bois dans les chambres du bas, celles qui reçoivent les embruns les nuits de tempête, font le reste. « On se sent comme dans un bateau », dit Sabine. Ce n’est pas un défaut.

Dans une chambre haute, une tête de lit dessinée par Sabine Mercier et des suspensions en fibres tressées jouent les camaïeux de vert.

Un escalier intérieur relie désormais tous les niveaux jusqu’à la terrasse, qui n’était accessible qu’en sortant par l’extérieur. En haut, une petite kitchenette et une loggia permettent de manger face à la mer. La cheminée du dernier niveau a été revue en cours de chantier, le conduit, contraint par la mitoyenneté avec le voisin, reconfiguré en une niche et un bandeau qui serrent l’espace sans le fermer. 

Au rez-de-chaussée, la fontaine de zellige et les cactus en pots animent le patio, cœur ancien du riad conservé dans la transformation.

Le Togo de Ligne Roset vintage, le mobilier chiné dans les boutiques d’Essaouira, les luminaires fabriqués à la main avec des perles achetées au marché, les œuvres d’Ahmed sur sacs de café : rien n’a été acheté neuf. Les propriétaires, un couple suisse qui avait découvert les lieux en logeant dans la maison d’hôtes voisine, voulaient un espace sans fragilité. « On a travaillé sur la lumière, sur les ouvertures vers l’océan. Quand ils ont acheté, je crois qu’ils n’avaient pas conscience de ce qu’ils avaient entre les mains », sourit Sabine Mercier.

Passé une porte cintrée et sculptée, l’une des chambres basses est entièrement lambrissée de bois. Ce sont ces pièces, exposées aux embruns les soirs de tempête, qui donnent à la maison son air de cabine de bateau.

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Un valet en bronze dessiné par Isabelle Stanislas et fabriqué par les Ateliers Bataillard, une ferronnerie d’art centenaire. Le long du mur, une série de photos de voyage de son ami Jérôme Petit.