« C’est vraiment un homme caméléon. » À la boutique du Royal Mansour Casablanca, Garance Blanche désigne les flacons pourpre et or alignés sur les étagères. La collection Royaume des Lumières, présente dans une vingtaine de points de vente à travers le monde. Derrière ces parfums, un Lillois né en 1942, devenu marocain d’adoption. « Il dit : si je cesse de créer, c’est la mort de cet art. »
Le coup de foudre marocain
1968. Directeur artistique chez Dior, Lutens se voit imposer des vacances. Marseille, où il pleut. Sur les docks, un bateau. Où va-t-il ? Casablanca. Trois jours de traversée plus tard, le voilà au Maroc. « Il raconte que c’est la première fois de sa vie qu’il s’est senti chez lui, rapporte Garance Blanche. Qu’on l’a accueilli comme un frère. » Deux semaines devaient suffire. Il restera trois mois, sillonnant le pays à moto. « Il dit qu’il est tombé amoureux de tout : les odeurs, la chaleur, la cuisine, la culture, l’art, les gens.»
1974. Serge Lutens s’installe à Marrakech. Son entourage lui suggère un palais, à la hauteur de son statut chez Dior. Il refuse. « Il y a un vieux monsieur dans le souk qui lui a attrapé le bras et lui a dit : moi, je sais ce que tu cherches. » Un riad de 80 mètres carrés à l’abandon. Colonnes effondrées, végétation sauvage, une chouette, un serpent. « Il dit que c’était tellement beau qu’il se sentait tache face à tant de beauté. » De là naît la fondation : quinze riads acquis au fil du temps, un hectare et demi au cœur de la médina.
Aujourd’hui encore, Serge Lutens dessine chaque jour depuis sa maison de la Palmeraie. Ses croquis parviennent à Rachid, directeur de la fondation, qui les confie aux maâlems. Chaque artisan est testé deux à trois mois selon sa spécialité : céramique, plâtre, bois. « La dernière fois que j’y suis allée, Rachid me montrait un nouveau riad qu’il venait de racheter, encore complètement vierge. Ils commençaient tout juste à graver. »
Le Royaume des Lumières
Le cèdre du mont Atlas imprègne la fondation comme les souks et les riads du pays. C’est lui qui inspire, en 1992, le premier parfum de Lutens. Féminité du Bois détourne une essence alors réservée aux hommes. « Pour lui, le parfum c’est de l’art, et l’art n’a pas de genre. »
Cinq créations composent la collection Royaume des Lumières. Bois Roi d’Agalloche associe le oud au vétiver et au cypriol. Sidi Bel-Abbès, nommé d’après une ville de garnison algérienne, mêle tabac, cuir de Russie et miel. Ẓurafā convoque une élite esthète des civilisations médiévales arabo-musulmanes à travers l’iris et le cuir. Cracheuse de Flammes exalte la rose de Damas. Tarab, enfin, emprunte au vocabulaire arabe ce mot qui désigne l’extase musicale.
Lutens renouvelle chaque année les motifs des flacons. Cette année, les éléphants. Certaines pièces de la collection de table sont gravées à Nancy, d’autres sur l’île japonaise de Washima. « Le métier d’art se développe de plus en plus. À la boutique du Palais Royal à Paris, on a des clients qui commandent des boîtes sur mesure, pensées et réalisées à Marrakech. »
Que Serge Lutens soit présent au Royal Mansour coule de source. « Monsieur Lutens est un proche de Sa Majesté, et le Royal Mansour est directement lié à la famille royale. C’est le seul lieu au Maroc où vous le trouverez. »
La collection Royaume des Lumières est disponible à la boutique du Royal Mansour Casablanca, ouverte tous les jours de 10h à 20h.
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