Par Anaïs FA – Photos DR
Sans crier gare, cette rentrée du design 2026 envoie valser les intérieurs sous Lexomil. À Maison&Objet comme dans les rues de la Paris Design Week, on célèbre le vivant, le relief, la matière et l’aspérité. Les trends 2026 repérées dans la capitale française ? Le végétal — réel, suggéré ou fantasmé — est omniprésent. Il grimpe aux murs, se métamorphose en objets du quotidien, s’invite dans les processus de fabrication ou devient œuvre sculpturale. Côté mobilier, les canapés s’affaissent, les fauteuils se transforment en modules à déplacer au gré des envies : le confort n’est plus négociable, à condition de rester mouvant. Le beige, le sobre, le lisse semblent peu à peu disparaître des intérieurs, et la couleur revient en force. En 2026, la maison n’est plus tirée à quatre épingles ; elle est pleine de vie.
What’s New? In Retail ou l’art de la désirabilité
Le corner « What’s New? In Retail » a pour objectif de dévoiler ce qui se fait de plus convoité sur le marché du design. Cette année, les clés de l’espace ont été confiées à Pauline Glaizal, scénographe, set designer et ancienne directrice artistique de Made in Design. Dans son exposition Nouveau Souffle, elle s’est attelée à créer sa boutique idéale, avec une scénographie oscillant entre ultra-kitsch, esprit champêtre et nec plus ultra technologique. Résultat : un concept-store fantasmé où l’on vient déambuler et repérer les objets du moment autant que les façons de les mettre en scène — et de nous les faire désirer.
Masquespacio fait shifter nos intérieurs
Direction Feel the Shift, l’installation de Masquespacio, studio fondé à Valence en 2010 par la designer colombienne Ana Milena Hernández et le Belge Christophe Penasse. Ambassadeur de cette édition, le duo, connu pour ses intérieurs ultra-colorés et un brin théâtraux, explique avoir vécu une forme d’épuisement en raison d’une cadence de travail effrénée ces dernières années. Après une prise de recul nécessaire, il revient sur le devant de la scène avec cette installation, qui repense entièrement l’espace domestique. La maison apparaît ainsi circulaire, inclusive et sensorielle, soulignant l’importance d’une continuité esthétique et fonctionnelle entre les différentes pièces, tout en accordant à chacune une place centrale. Le foyer redevient un lieu de repli, de rêverie, préservé de l’agitation extérieure.
Charlot & Cie : faire pousser du papier
Dans le grand capharnaüm de Maison&Objet — halls sans fin, sollicitations visuelles permanentes, chaleur de fin d’été —, la poésie de Charlot & Cie nous en extrait. Repéré par Elizabeth Leriche, qui l’expose dans In Materia, son installation consacrée aux métiers d’art et à la puissance sensible des matériaux, le studio pousse l’illusion végétale jusqu’au trouble. Arbres, feuilles, fleurs : tout est façonné en papier, plié, froissé et modelé à la main pour donner naissance à des sculptures lumineuses, qui habillent l’espace de leur apparente fragilité. Fondé en 2004 par Charles Macaire, le studio travaille entre la France et le Maroc et a signé des décors pour Chanel, Guerlain ou encore le Louvre.
Avec Beyt, le Maroc met les petits plats dans les grands
Il en faut du culot pour venir jouer des coudes dans cette grande foire parisienne qui brasse près de 70 000 visiteurs sur cinq jours. Ça tombe bien, Beyt n’en manque pas. Pour sa première participation, le label casablancais se fraye une voie au milieu des stands de vaisselle déjà très installés. Ici, point de folklore : le savoir-faire marocain est valorisé et, sous des airs qui frôlent la simplicité, l’esthétique est mûrement travaillée. Une combinaison sensible qui a déjà séduit Le Doge et Villa Sahrai à Casablanca, entre autres. Les deux associés, Ophélie Lassalle et Saad Filali, ne masquent pas leur ambition : après le Maroc, pourquoi ne pas tâter le terrain européen ? Ils ont en tout cas de sérieux arguments à poser sur la table.
Rising Talent Awards :
l’Afrique du Sud en pole position
Les Rising Talent Awards ont braqué cette année les projecteurs sur l’Afrique du Sud. Sept designers et studios, invités chacun en carte blanche, offraient un aperçu d’une scène où artisanat, récit et expérimentation se mêlent sans se laisser enfermer dans la tradition. À retenir : Simphiwe, pour son approche sensible et contemporaine, les assises sculpturales en corde d’Ashleigh Lloyd, les couleurs et motifs ndébélés de Siyanda Mbele, ou encore l’univers très libre de DEFT Studios.
Hall Haus × Monoprix :
le design dans le caddie
Et pour repartir avec un morceau de la Design Week, direction Monoprix. L’enseigne a donné carte blanche à Hall Haus, le collectif formé par Abdoulaye Niang, Sammy Bernoussi, Teddy Sanches et Zakari Boukhari. Au programme : mobilier, vaisselle, bouilloire et caddie de marché revisités avec humour et modularité. Du design pointu à prix Monoprix — et c’est précisément l’idée.
Côté Bougie × Maison Sarah Lavoine : raviver la flamme
Pour la Design Week, Sarah Lavoine a pris ses quartiers à La Hune, mythique librairie-galerie de Saint-Germain-des-Prés, transformée pendant une semaine en terrain de jeu pour dévoiler sa nouvelle collection, Playground. Au milieu du mobilier, des luminaires et des couleurs signature de la maison, on retrouve sa collaboration avec Côté Bougie Marrakech. Après une première collab’, TamTam, lancée en 2025, le duo présente la TamTam Twist : une version rechargeable, façonnée à la main au Maroc, dont les bols interchangeables permettent de mixer couleurs et parfums. On aime l’aller-retour Marrakech–Saint-Germain-des-Prés, sans l’effet carte postale.
Prix du design de l’IMA :
le Maroc brille en marge de la Design Week
Jusqu’au 20 septembre, l’Institut du monde arabe exposait les finalistes de la 4e édition de son désormais bien établi Prix du design. Cette année, le Maroc n’a pas fait de figuration : Salima Naji a décroché le Grand Prix avec son Living Heritage Center de Tiznit. Dans une autre catégorie, Othmane Bengebara exposait Irtah!, une assise basse déjà montrée dans nos pages. L’exposition était l’occasion idéale de prendre le pouls d’un design arabe contemporain, loin des clichés.
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